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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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SUR L’ARTILLERIE.

11 résista longtemps aux chocs réitérés deses ennemis, mais succombant à la troisièmeattaque du corps de Davoust, il se convainquitque toute résistance devenait inutile et perni-cieuse. L’armée autrichienne ayant été tournéepar la gauche, le généralissime fit sa retraitevers le Bisamberg, sans que le moindre dés-ordre s’y manifestât.

A Austerlitz, au contraire, Napoléon ayantpercé le centre des lignes de bataille, séparales deux ailes, les battit successivement, et fitessuyer aux alliés une perle immense (i). Vingtmille prisonniers et le tiers de l’artillerie tom-bèrent au pouvoir des vainqueurs, et la désor-ganisation des armées fut telle, que les souve-rains se hâtèrent, l’un de conclure la paix,l’autre de ramener les débris de ses bataillonsen Russie.

Mais, puisque la différence des résultats ma-tériels est si grande , pourquoi ne préfère-t-onpas une attaque à l’autre? parce que les mou-vements de conversion réussissent ordinaire-ment, et que les allaques sur le centre échouentpresque toujours.

Prenons de nouveau l’histoire pour guide,citons quelques exemples de tentatives contrele centre, suivons bien les mouvements desarmées combattantes; voyons pourquoi l’unea réussi, tandis que les autres ont échoué , etconcluons ce que, à forces égales, et lorsqueles dispositions de la grande tactique sontexemples de fautes, on a pu espérer de cegenre d’attaque.

A la bataille d’Austerlitz, l’attaque sur lecentre des alliés a réussi complètement. Na-poléon s’empara des hauteurs de Pralzen, sé-para les deux ailes, obligea l’une à rétrograder,et détruisit à peu près l’autre. C’est une véritéincontestable; mais recherchons pourquoi cefait est devenu une vérité.

Les hauteurs de Pratzen formaient le centredes lignes des alliés, c’était la clef du champde bataille (i ), c’est aussi le point qu’on devaitoccuper avec la majorité des forces, dans lapersuasion qu’aussi longtemps que cette portion

( 1 ) Je me tais encore sur les raisons qui ont contri-bué à la réussite de cette attaque, car le moment d’enparler n’est pas encore venu. Je ne m’occupe mainte-nant que de relever la différence des résultats matérielsqui existent entre les deux grands genres d’attaque.

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de terrain resterait intacte, on pourrait éviterune défaite et prévenir l’abandon de la position.Cette conséquence dérive de la configurationdu terrain, principe influent des victoires, et dela supposition qu’on rangerait les troupes dansl’ordre le plus analogue aux avantages topo-graphiques , comme cela se pratique ordinai-rement.

Si les hauteurs de Pratzen avaient été biendéfendues, et que Napoléon y eût essuyé unéchec ( 3 ), il aurait, apparemment, tenté unmouvement de conversion en attaquant ladroite des alliés, car leur gauche était, par saposition, à l’abri d’une défaite.

Mais par cette même raison que, souslerap-port topographique, la droite était le point leplus faible, la gauche la position la plus forte ;et, que, sous le rapport tactique, le centreétait la partie la plus importante, les alliés de-vaient placer la majorité de leurs forces entrePratzen et Dworoschna, ayant leurs réservesderrière Blasovitz.

Qu’apercevons-nous, au contraire? l’arméealliée fut partagée en six colonnes, dont troisse dirigèrent vers la gauche, entre Fellnitz etle château de Sokolnilz ; tandis que les troisautres furent, en grande partie, engagées surla droite vers Dworoschna, pendant que la qua-trième (comte Kollowrath) occupait Pontovitz.

On peut dire que le centre avait été totale-ment dégarni, car les alliés euren t l’imprudencede croire à une victoire en attaquant par leurgauche. Illusion fatale, qui fut la cause de leurdéfaite. Aussi, qu’arriva-t-il? Au moment oùSoult marcha contre les hauteurs de Pralzen,il n’y trouva presque personne pour les dé-fendre, et s’empara, sans coup-férir et presquesans perle, de la clef du champ de bataille.Jamais position de cette importance ne futvendue à si bon prix.

On tenta plus tard de la reprendre ; mais tousles efforts des troupes alliées sous Kamenskoï,Roltermund et Jurczek furent vains; Soult s’ytrouvait déjà avec son infanterie et son canon,et ne céda plus sa conquête.

( 2 ) Je crois avoir démontré d’une manière non équivoque, dans mon Cours de, lactique (pag. 277 et suiv.),toute l’importance des hauteurs de Pratzen.

( 3 ) Je doute même qu’il eût tenté cette attaque, si leshauteurs avaient été bien garnies.