334
MEMOIRE
Voyons maintenant pourquoi de quatre at-taques sur le centre, que je viens de citer, uneseule a réussi, tandis que les trois autres ontéchoué complètement.
A la bataille d’Austerlitz, elle eut un heu-reux résultat, parce que les alliés ont tout faitpour être battus. Ils dégarnirent leur centre ;Soult ne trouva aucune résistance sur les hau-teurs de Pratzen, puisqu’on n’y avait pas placéde troupes, et parce qu’il n’y a rien de difficilede percer un des points de l’ordre de bataillelorsqu’il n’est pas défendu.
A Aspren , Wagram, Borodino, les Françaisont trouvé à qui parler, et ont été repousséschaque fois avec perte.
Après tout ce que je viens de dire des atta-ques sur le centre, envisagées, d° sous le rap-port des résultats matériels, lorsqu’elles réus-sissent , et 2° sous celui des difficultés de lesmener à une fin heureuse, je me crois en droitde faire ma conclusion en citant un vieil adagede grande tactique, contre lequel aucun mili-taire n’élèvera de doute. C’est que les attaquessur le centre des lignes de bataille sont les plusavantageuses; mais comme elles sont aussi lesplus difficiles, et qu’elles n’ont réussi jusqu’àprésent qu’à la suite de quelques fautes impar-donnables de l’adversaire, fautes sur lesquellesil serait absurde de baser l’heureuse issue d’unebataille, elles sont tombées en désuétude.
Napoléon les a essayées plusieurs fois, maispresque toujours sans succès, et je suis prêt àsoutenir qu’un aussi grand général, tout en lefaisant, sentait bien ce que ces attaques avaientde périlleux; mais il les entreprenait parcequ’il s’était habitué à ne douter de rien , dèsqu’il était soutenu par ses soldats d’Austerlitz,de Iéna et de Friedland.
Pour qu’une tentative sur le centre réussisse,c’est trop peu d’avoir parité de force dans leséléments de l’attaque et de la défense, commeles cas d’Aspern et de Wagram; car, en tombantsur la partie la plus forte de l’ordre de bataille,
» doute. Le général Bonamy, avec le 30 e régiment,» escalade le rempart, et se précipite dans l’intérieur. Si» Morandest soutenu,s’il peutse maintenir, la bataille est» complètement perdue pour les Russes. Leur centre est» percé; les forces deltagralion et de Barclay sont sépa-» rées;elles ne pourront peut-être plusse rejoindre. »Il s’agit maintenant de s’entendre. Morand devait
l’assaillant aura toujo urs le désavantage. Il faut,au contraire, une grande prépondérance dansles moyens offensifs, et je crois que nous latrouverons :
Dans les effets terrassants de l’artillerie, etdans les moyens rjue nous offre la science de pa-ralyser l'action de l'ennemi sans qu’il puisses’opposer à la nôtre.
Découvrir un moyen de rompre le centre deslignes de bataille de son ennemi sera donc mar-cher vers le plus grand avantage qu’on puisseremporter, et faire un changement salutaire ausystème de la grande tactique moderne.
J’avertis le lecteur qu’il ne s’agit pas ici derègle sans exception, et qu’il ne suffit pas seu-lement de placer 100 pièces de canon pourfaire de suile une trouée dans un centre, parcequ’il y a, comme nous le verrons plus tard,plusieurs conditions indispensables à observer,sans lesquelles l’opération pourrait manquer :les unes sont en rapport avec la position de sonennemi, les autres avec la configuration duchamp de bataille, et avec l’effet qu’aura pro-duit l’action de l’artillerie.
Il s’ensuit qu’on ne peut pas, à son gré, etdans chaque bataille rangée, rompre le centredes lignes. Il faut pour cela que les conditionstopographiques et militaires dont nous allonsnous occuper, soient accomplies.
Mais une fois qu’elles le seront, ce qui cer-tes sera une chose fréquente, il s’agira de trou-ver dans l’action de l’artillerie et dans celle desautres armes, des moyens suffisants pour menerà fin une opération aussi avantageuse.
Supposant même que ce ne soit qu’un casexceptionnel, pourvu que nous trouvions detemps à autre des moyens suffisants pour lefaire réussir, ce sera toujours un changementimportant que nous aurons fait au systèmeadopté, qui renie les attaques sur le centrecomme engendrant de trop grandes difficultésà surmonter, et comme échouant presque tou-jours.
être soutenu, soit; mais quand, et par qui? Le princede Varsovie a résolu le problème. Le général françaisdevait être soutenu avant l’attaque , par 50 pièces decanon, qui auraient entamé les bataillons de la 26' di-vision , et alors la bataille aurait pu prendre une tour-nure désavantageuse ; ce qui prouve que l’artillerie de-| vait jouer un rôle principal.