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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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MÉMOIRE

bats, dont la réussite ait été basée sur l’actionde cette arme, et où elle parût comme armeprincipale, et les deux autres comme armessecondaires ; de ces combats, dis-je, où l’on sa-crifie le dernier artilleur et le dernier canon,pour parvenir à un grand résultat. Ignorant ceque son action, poussée à son maximum d’in-tensité , peut produire, nous avons prisé sespropriétés au-dessous de ce qu’elles sont effec-tivement. J’ai vu les choses autrement et j’enjuge d’une manière différente.

J’invoque ici le témoignage d’un des plusillustres militaires de notre siècle, celui dumaréchal prince de Varsovie. Dans ses conver-sations confidentielles sur l’art des batailles, etsur les propriétés des différentes armes, com-bien de fois n’a-t-il pas attiré toute mon atten-tion sur l’artillerie, sur les grands résultatsqu’il en a obtenus pour le sort des combats,et les effets qu’il espérait en obtenir encore.

En visitant le champ de bataille de Grochov(c’était la première fois qu’il le voyait), etapercevant le petit bois du centre de la posi-tion où nous nous sommes battus plusieursheures consécutives, en engageant imprudem-ment. un combat à outrance de tirailleurs, ilme dit : La possession de ce bois ne m’aurait» pas coûté aussi cher, j’aurais placé 50 pièces» de canons sur ces hauteurs (i), et j’en aurais» bientôt expulsé les défenseurs. »

Soixante-dix jusqu’à quatre-vingts piècesrassemblées en une seule masse, bien placéeset bien servies, sont à ses yeux le vrai principedes victoires. Ayant été tant de fois témoin deseffets foudroyants de l’artillerie, ses souvenirsrestèrent gravés dans sa mémoire ; il mit plustard son expérience à profit, et celte arme estdevenue son arme de prédilection pour les ba-tailles.

Ce qu’il a dit, il l’a démontré, je l’ai vu, etj’en parle maintenant avec connaissance decause.

Ces combats à outrance de l’artillerie luiravissent, il est vrai, beaucoup de serviteurset de chevaux. A l’assaut de Varsovie, sur300 pièces de canon qui en ont été mises enaction, nous perdîmes, en tués et blessés,

fi) Elles se trouvent vis-à-vis dubois, qui n’est fon-cièrement qu’un bouquet insignfiant, et le dominentparfaitement.

40 officiers supérieurs et subalternes, au nom-bre desquels se trouvaient 8 chefs de brigade etde compagnie; 100 hommes tués, 300 blesséset 850 chevaux.

En comparant cette perte avec celle quel’artillerie des armées essuie ordinairement,plus d’un militaire se sera récrié sur son énor-mité; mais, à Borodino, n’en avons-nous pasfait une de 48,000 hommes? Maintenant,je demande quelle différence y a-t-il entre unfantassin, un cavalier et un artilleur dans labalance de l’humanité? A mes yeux ils sontégaux, car ils sont hommes. Il ne s’agit doncque d’aviser aux moyens de compenser lesgrandes pertes de l’arlillerie pour prévenir soninaction, et la chose ne me paraît pas si diffi-cile. Que l’infanterie et la cavalerie préparentle nombre nécessaire d’artilleurs ; la première,pour l’artillerie à pied; la seconde, pour l’ar-tillerie à cheval. Ces deux armes pourront for-mer facilement des pépinières qui compense-ront les vides occasionnés par les combats, etmettront l’artillerie à même d’entrer toujoursen lice.

C’est un de ces moyens, fruit de l’éducationdu soldat, dont la facilité est hors de doute, etdont il serait même inutile de discuter longue-ment.

Deux voies différentes nous conduisent auxgrands résultats que nous pouvons attendred’une arme quelconque :

1° Son éducation ;

2° Son emploi.

Les effets de l’artillerie sont si foudroyants,que son emploi rationnel doit produire des ré-sultats immenses pour le sortdes combats; car,en diminuant d’une manière effrayante le nom-bre des forces ennemies, en rompant la com-pacité des masses, ou la contiguïté des lignesde bataille, elle apprête un rôle facile aux au-tres armes, les accompagne dans leurs mouve-ments offensifs, leur imprime une force posi-tive , et ne cesse de partager leurs lauriers.

En parlant des propriétés de l’artillerie, j’aidit, page 265 ( 2 ) : Que ses effets pouvaient êtreenvisagés sous plusieurs rapports différents :

1“ Elle peut paralyser, ou même arrêter un

(2) Examen raisonné, etc.