350
MÉMOIRE
viendra aux mains, et la troisième qui formerala dernière réserve, s’il n’y en a pas d’autresqui la suivent, ne sera mise en action que selonla nécessité, et sera employée ou pour acheverla désorganisation de l’ennemi, ou pour rallierles escadrons attaquants, dans le cas d’échec.
L’artillerie qui, jusqu’au moment de celteaction, aura rempli le rôle primitif, doublerales pièces sur les points où la cavalerie devrapénétrer, et pendant que celle-ci renversetout ce qu’elle rencontre, l’infanterie avec soncanon prend possession du terrain qu’on veutoccuper, et manœuvre pour séparer les deuxflancs des lignes de bataille.
Ce mouvement offensif ayant lieu pendantque les adversaires déjà désorganisés par notreartillerie sont écrasés par notre cavalerie, doitnécessairement réussir; il n’y a qu’à récapitu-ler tous les antécédents pour se persuader quel’ennemi ne pourra pas résister à la coïncidencede tant d’éléments destructeurs.
Il suffit que la cavalerie fasse son devoir, etqu’elle charge à fond pour que la réussite nesoit pas douteuse, et que le but général soitatteint; car il ne faut pas oublier qu’à la suitede cette attaque, nous en faisons une autreavec une masse d’infanterie toute fraîche, se-condée par une inébranlable artillerie, qui nepeut avoir épuisé ni ses forces physiques, nises gargo usses.
C’est ainsi que, d’un côté, nous aurons unemasse capable d’exécuter un choc, et d’offrirune ligne de feux, si la nécessité l’exige, etque de l’autre nous resterons fidèle aux prin-cipes de la grande tactique qui impose à la ca-valerie le devoir de compléter les engagementsque l’infanterie ou la cavalerie auront décidés,et de rallier les escadrons battus sous la pro-tection de l’infanterie.
Pour ne paraître cependant ni arbitraire, niexagéré dans l'exercice de mon opinion, en-core moins infidèle aux principes de la science,arrêtons-nous un moment et discutons leschances qui peuvent s’offrir à l’action des dif-férentes armes.
Au moment de porter notre jugement sur lessuccès de notre cavalerie, nous établirons lesdeux alternatives suivantes :
1° Ou les cuirassiers ne peuvent, dans au-cun cas et sous aucune condition, remporterde victoire sur l’infanterie ; mais alors ils de-
viennent inutiles, et il faut les abolir, car nefaisant aucun service en dehors des batailles,c'est une arme dont on pourra très-bien sepasser; ou bien,
2° Après avoir suivi attentivement les cir-constances qui ont précédé leur mouvementoffensif, nous pouvons le considérer commeayant réussi complètement.
11 nous serait impossible d’accepter le pre-mier cas dans toute son extension, car si lacavalerie n’est pas en état de vaincre une in-fanterie encore intacte, et qui s’est apprêtée àsoutenir le choc, il n’en est pais ainsi lorsquele moment de la charge a été bien amené. Pours’en convaincre, il n'y aurait qu’à récapitulerles hauts faits de l’immortel Seidlitz; ceux-lànous offriraient plus d’un triomphe éclatantque la cavalerie a remporté sur l’infanterie.
Quant à la seconde hypothèse, rappelons-nous que deux conditions essentielles contri-buent au succès que la cavalerie peut obtenirsur l’infanterie : le terrain et l’opportunité dumoment.
Je ne crois pas être en défaut sur le comptedu terrain, persuadé comme je le suis d’enavoir choisi un propice, puisque jt; n’ai pasmême accepté les cas (chapitre 111) où le pointque nous battons avec nos projectiles soit par-semé de villages, d’enclos et de bouquets debois.
Pour le moment, il me serait impossibled’en offrir de plus opportun, puisque c’estcelui où l’infanterie ennemie, battue par nosprojectiles, ne peut plus se maintenir sur saposition, qu’elle doit commencer son mouve-ment rétrograde, ou qu’elle attend avec anxiétéd’être relevée par des troupes fraîches.
Que les tacticiens les plus sévères méjugentdans ces deux cas, je comparais volontiers de-vant leur tribunal, et je suis persuadé d’avanced’être absous.
Mais pour plus de conviction encore, discu-tons maintenant la chance la plus désavanta-geuse; supposons que la première et mène laseconde ligne de la cavalerie sont repoussées.L’ennemi, en poursuivant les vaincus, ariive,mais en débandade, sur notre centre. La der-nière réservedelacavalerie,la troisième ligne,avance; ce sont 9 escadrons en ordre qui char-geront un noyau informe. Ce combat aura cuel-que probabilité de succès en leur faveur. Ce-