PRÉFACE DU TRADUCTEUR.
L’histoire des deux campagnes les plus mé-morables de la plus terrible guerre, que nousretracent les annales du monde, suffirait seulepour captiver l’attention de toutes les classesde lecteurs. Quel degré d’intérêt n’acqnerra-t-elle pas pour ceux qui, par état ou par incli-nation, se sont fait un fond de connaissancesmilitaires, si, au récit fidèle des événements,se joignent des observations qui leur en dé-voilent les causes, ou qui, du moins, fas-sent naître en eux le louable désir de médi-ter sur ce qui a été fait, et ce qui pouvait sefaire?
M. de Bulow, officier prussien, auteur del’ouvragé dont j’offre ici un abrégé, était déjàconnu en France par un écrit fort répandu,depuis que M. Tranchant-Laverne en publiaune traduction faite avec beaucoup d’intelli-gence et de clarté (1).
Je ne puis trop en recommander la lecture
(1) Esprit du système de guerre moderne, 1 vo-lume in-8", avec 58 figures.
( 2 ) Idem, i rc part., sect. x.
aux personnes qui voudront faire celle-ci avecquelque profit. Sans cela, il serait souvent dif-ficile, pour ne pas dire impossible, de suivrel’auteur dans l’application continuelle qu’ilfait des principes énoncés dans sa premièreproduction.
Sans m’engager dans l’analyse de la théoriequ’il y a exposée, je crois devoir, du moins,donner la définition de deux termes, qu’il im-porte d’autant plus de comprendre, qu’ils ser-vent à distinguer les points de vue, sous les-quels l’auteur envisage toutes les opérationsmilitaires.
Le premier est un motqu’il a remisen usagepour l’intelligence de son système, et le se-cond est pris dans une acception si rigoureuse,qu’il peut être considéré comme nouveau.
Écoutons M. de Bulow lui-même (2).
« J’appelle stratégie (3) les mouvements de9 guerre de deux armées hors du cercle visuel
( 3 ) On sait que les Athéniens nommaient stratèges(nyjaJV/ot) dix généraux élus par le peuplé.