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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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HISTOIRE

avaient les moyens de couper toute l’arméefrançaise, au lieu de laisser à Suchet une re-traite ouverte sur la Provence. Je m’explique :

11 fallait, pour atteindre cet objet, que laprincipale force des Impériaux se portât sur Al-benga , et s’emparât de cette position. Suchet,qui occupait Savone, partageait alors le sort deMasséna, et, comme lui, se trouvait totalementséparé de la France.

OutreÀlbenga, il aurait fallu s’emparer aussid’Oneille, ce qui eût été opéré par un détache-ment de la même colonne, qui se serait séparéed’elle à Garessio.

Toute cette opération se dirigeait de Céva,qui lui servait de base. De Coni, on procédaità l’attaque du Col-de-Tende, ainsi qu’elle a eulieu plus tard. Cette colonne se portail rapide-ment sur Nice, alors sans défense, garnissaitle Var, et menaçait la Provence. Elle devaitêtre assez forte pour être en état de couvrird’une manière sûre les corps qui occupaientAlbenga, Oneille, etc.

Que l’on remarque combien la marche stra-tégique des Autrichiens facilitait tous ces mou-vements. Les places fortes de Piémont étaientautant de bases. Coni et Céva, particulière-ment, étaient les points desquels devaient s’é-lever toutes les lignes dirigées sur Nice, Al-benga, Oneille, Final, Noli et Savone. Touteentreprise sur Gènes et les contrées adjacentesse basaient sur Acqui, Alexandrie, Voghera etTortone (i). La grande supériorité de forces desAutrichiens leur permettait d’opérer de tousces côtés à la fois.

J’ai eu plus d’une fois occasion d’avancerqu’il était rarement nécessaire, tant dans lesopérations de stratégie que dans celles de tac-tique, de se partager en plus de trois colonnesou divisions principales. Cependant, je semblemoi-même dévier ici de ce principe, puisqueje dirige une colonne sur Nice, une autre surOneille, la troisième sur Albenga, Final etNoli, la quatrième sur Savone, et la cinquièmeenfin sur Gènes. Les deux dernières, à la vé-rité, ne sont destinées qu’à de fausses attaques,pour tenir l’ennemi en échec.

D’ailleurs, je trouve ici le lieu de placerquelques réflexions, qui ne seront pas sans

(i) Esprit du système de guerre moderne , i te part.,sect. u et ni.

prix pour ceux qui étudient la guerre en grand.

D’abord, une colonne peut se subdiviser end’autres plus petites, sans cesser d’être urne,relativement au but principal. Autrement, ilfaudrait donc considérer comme formant unecolonne à part, les patrouilles d’éclaireurs je-tées sur les flancs pendant la marche. Je neregarderai donc que comme un seul corps, boutce qui se dirige vers un seul point.

Il est très-aisé de se représenter d’e fletqu’eût immanquablement produit l’exécutiondu plan que je viens d’indiquer, c’est-à-diire,l’ouverture de la campagne par la prise deNice. Elle était aussitôt suivie du passage duVar et d’une invasion en Provence. Les mGen-dres progrès qu’eussent faits les Autrichiensdans celle partie, ne pouvaient manquer d’apé-rer une puissante diversion. Elle pouvait allerjusqu’à attirer sur ce point une grande partiede l’armée de réserve, qui se disposait dèslors au passage des Alpes.

Mais ces considérations sur ce qui pouvait sefaire et n’a point été fait, ne prouvent nulle-ment que ces opérations fussent mauvaises,mais qu'il y a plusieurs manières d’atteindrele même but : j’ai déjà dit que la campagne desAutrichiens, dans le pays de Gênes, méritaitdes éloges.

Le manque de vivres nécessita la redditionde la citadelle de Savone, après un investisse-ment de quinze jours, pendant que Gènes con-tinuait à se défendre : cette reddition eut lieule 15 mai.

Dans la nuit du 18 au 19, 8 bataillonsfrançais passèrent le Var. Une moitié se portasur l’aile gauche des Autrichiens, afin de l’ob-server; l’autre attaqua le centre, mais sanssuccès. Les Français se replièrent jusqu’auVar : leur retraite fut protégée par la tête depont et par l’artillerie placée sur la rive droitedu fleuve.

Il est surprenant que les Impériaux, immé-diatement après la prise de Nice, n’aient pastenté le passage du Var de vive force. LesFrançais, à cette époque, n’avaient pas encorereçu de renforts. Les Impériaux pouvaient pé-nétrer en Provence, y vivre aux dépens deleur ennemi; dissiper les débris du faible corpsque commandait le général Suchet, et répandrel’alarme dans toute cette partie. Il fallait pro-fiter du premier moment ; car bientôt, rassurés