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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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HISTOIRE

par le général Lannes, marcher sans cavalerie.En faisant abstraction de la valeur extrême desFrançais, valeur qui a fait face à tout, et queje ne puis trop admirer, ce manque de cavale-rie me parait une faute grave.

On pourrait alléguer que, dans une guerrede montagnes, la cavalerie parait peu néces-saire : mais on savait qu’à la descente des montson trouverait des vallées, et, dans le fait, si lacavalerie autrichienne eut fait son devoir, l’a-vant-garde française se serait vue exposée àun échec des plus graves. Au reste, elle triom-pha, et son succès n’en est que plus brillant;mais je n’en ai pas moins dû faire observer ceque la prudence et les principes auraient exigéde ses chefs.

Quant aux Autrichiens, ayant été battusdans ce combat de la Chiusella, qui peut lesexcuser de l’avoir livré? Espéraient-ils mettreune digue à la fureur du torrent qui se préci-pitait sur eux? Il était déjà trop tard : je nepuis voir ici qu’une de ces demi-mesures quej’ai blâmées en toute rencontre, et dont le ré-sultat est toujours la défaite et la confusion.Il esL quelquefois aussi funeste de se troppresser, que de laisser échapper une occasionfavorable.

Ce n’était point dans ces gorges étroitesqu’il fallait s’opposer aux Français ; il sullisaitde jeter de fortes garnisons dans tous les châ-teaux susceptibles de tenir, et d’attendre l’en-nemi en plaine ouverte, où l’immense supé-riorité en cavalerie offrait les plus heureuseschances.

Cette affaire de la Chiusella, quoique depeu de conséquence, est loin d’être dépour-vue d’intérêt pour un homme de métier. Engénéral, toutes les actions de celte campagned’Italie ont plus de physionomie que cellesd’Allemagne.

Pendant que le général Lannes avec l’avant-garde s’avançait vers le Pô et Chivasso , la di-vision du général Turreau attaqua les Autri-chiens à Suze. Le 22 mai, se livra un combatextrêmement vif; lesFrançais tournèrent enfinle fort Saint-Nicolas, obligèrent l’ennemi àabandonner le village de Gravière, emportè-rent d’assaut toutes les positions, et le fort laBrunetle capitula le même soir. La perte desAutrichiens fut considérable; elle consistait en500 morts, 1,500 prisonniers, et une grande

quantité de munitions de guerre et débouché.

Les Français durent leur avantage à la ma-nœuvre habile qu'ils exécutèrent pour tournerle flanc des Autrichiens; cl voilà une nouvellepreuve de la faiblesse de toute position retran-chée, dont le front seul est inaccessible.

La colonne du général Turreau qui, venantde Savoie par le Mont-Cenis, s’ouvrait uneroute vers Turin à travers levai de Suze, avaitune destination des mieux calculées.

Elle était en conjonction; avec les autres co-lonnes, et, comme elles, agissait d’un pointde la circonférence vers le centre.

Prenons Turin pour le centre : alors il estévident que, de cette placer aux montagnes, ilne restait aux Autrichiens aucune position àprendre dans le val d’Aoste, contre la colonnedu Saint-Bernard , quii était la principale; car,dans toutes celles qu’elles auraient pu choisir,ils se seraient vuis pris à dos par la colonnequi descendait du TVIont-Cenis, par Suze. Plusj’examine et j”ar»alyse ce plan d’invasion, plusil m’est démomtré que c’était un chef-d’œuvrede l’art et du génie.

L’invasion s’opéra sur quatre colonnes.

Celle du Mont-Cenis formait l’aile droite :son objet stratégique était Turin.

Celle du grand Saint-Bernard paraissaitaussi avoir Turin pour objet stratégique : jedis paraissait , parce que ce pouvait être unautre point encore caché dans la pensée del’homme qui dirigeait tous ces grands mou-vements.

La troisième colonne qui descendait du Sim-plon par Domo-d’Ossola, et la quatrième duSaint-Golhard par la vallée de Levantina el deBellinzone, avaient toutes deux Milan pourobjet stratégique.

Toutes étaient basées sur la Suisse et la Sa-voie ; toutes présentaient un angle objeclit" (î)de plus de 90 degrés, mesuré des deux extré-mités de la base, c’est-à-dire, de Briançor. auSaint-Gothard.

Après le combat, de la Chiusella, les Autri-chiens se replièrent sur Turin. Ils passèrentl’Orco, rompirent tous les ponts, et brûlèrenttoutes les barques. Faute de cavalerie, lesFrançais ne purent les harceler dans leur re-

(r) Esprit du système de guerre moderne , i ' p»rt.,sect. u.