404
HISTOIRE
chienne des pays héréditaires, et de rompre lacommunication du corps placé sous Parme aveccelui du pays génois et du Piémont. Loin dem’alarmer de ces événements, je n’y vois rienque de très-avantageux pour les Autrichiens.
En etl'et, l’armée qu’ils avaient dans la Li-gurie et le Piémont, pouvait subsister par elle-même ; c’est-à-dire, elle était en possession deforteresses garnies de magasins. Si ces maga-sins n’existaient pas, c’était la faute des géné-raux ; mais on ne peut faire entrer dans unraisonnement de tels excès d’impéritie.
Comment supposer donc que l’armée fran-çaise aurait passé le Pô à Plaisance, et se se-rait jetée sans places ni magasins entre le corpsautrichien de Parme et celui du pays de Gènes,c’est-à-dire, se mettre entre deux feux, s’ex-poser à être affamée et à se rendre?
Les Autrichiens pouvaient être à Parmele 1 er juin; le 5, ils détachaient un corps versMantoue,que je suppose munie d’une garnisonconvenable et d’un gros magasin. Or, le 5 , lesFrançais n’avaient pas encore passé le Pô. Voicidonc deux corps qui les menacent à la fois,celui de Mauloue à l’est, celui de Parme au sud :j’en forme facilement un troisième à l’ouest.
On se rappelle que Gênes se rendit le 4 juin ;en laissant occuper cette place par les Anglais,on avait à sa disposition toutes les troupes quiavaient servi au blocus. Quelqu’ineptes quesoient les généraux anglais, quelque peu dis-ciplinés que soient leurs soldats, il n’y avaitpoint à craindre de voir le général Suchet en-treprendre de reconquérir Gênes, qu’il étaithors du pouvoir des Français de bloquer parmer. Celte ville couvrait le flanc gauche etmême les derrières de l’armée autrichienne.
Ce corps du blocus pouvait recevoir cer-taines destinations, calculées sur les opérationsultérieures des Français; il les inquiétait surleur base, en se portant sur Casai. S’ils assié-geaientTurin, il était à portée de dégager cetteplace : il se trouvait continuellement sur le flancdroit de l’armée de réserve, qui se voyait alorségalement cernée à l’ouest, étant à peu prèsau centre d’une position concave de trois corpsennemis.
Si les Français voulaient pénétrer dans lapéninsule, ou seulement investir Mantouc, in-dépendamment du corps campé sous cette for-teresse , celui de Parme menaçait absolument
leur flanc droit. Toutes ces dispositions ne con-trarient en aucune façon le principe solenmelque j’établis en toute circonstance : « C’iest» toujours obliquement, et jamais de Iront,» qu’il faut s’opposer à l’ennemi. »
Une position défensive n'est pas bonne uini-quement parce qu’elle est forte par elle-même,mais encore, et surtout, parce que de ce pointon peut, en moins de marches que l’ennemi,déjouer tous ses plans par des diversions. Je neconnais point d’autres bonnes positions défen-sives; c’est le premier principe de la castra-métation. Il ne s’agit pas ici des postes, consi-dérés sous le point de vue de la tactique etdans un combat; je parle stratégiquement,c’est-à-dire, des positions que l’on ne prétendpoint défendre contre une attaque de viveforce. Je ne m’informe doruc point si le campsous Parme aurait été plus* ou moins fort defront ou de flanc; je ne veuix point y atlendlrel’ennemi, mais c’est de là q[ue je veux entre-prendre quelque clio>se contre lui.
Je le répète, toutes ces dispositions pou-vaient être faites dams les premiers jours dejuin, et je ne puis croire qu’elles n’eussentcausé quelqu’embarras aux généraux français,dont je révère d'ailleurs les grandes lumières.
Ils se seraient probablement décidés à uneattaque des principales forteresses du Piémont;mais, alors, quelle entreprise ! D’où auraient-ils tiré leurs moyens de subsistance? Agissanten rase campagne contre un ennemi qui secouvrait à volonté de places fortes, il eût fallutrès-probablement se décider à la retraite, ensupposant toutefois que les Impériaux ne sefussent pas écartés du plan que je viens detracer. Celle retraite était loin d’être imprati-cable , comme des gens peu instruits le croi-raient sur l’apparence ; elle était même facile,précisément par les causes qui en feraient ju-ger tout autrement par le vulgaire. Les Alpesassuraient le passage de l’armée française,puisqu’on ne peut supposer qu’elle se fût des-saisie des principaux défdés. L’artillerie seuleapportait un obstacle d’où pouvait naître desretards très-préjudiciables; mais il vaut mieuxse voir réduit à enterrer quelques pièces, qu’àse rendre avec armes et bagages.
Les Français, d’ailleurs, dans la guerre dela révolution, ont donné un exemple que l’onne saurait trop suivre; ils ont considérable-