HISTOIRE
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On voit Mêlas prendre, à la fois, plusieursrésolutions dictées par ce même esprit de ver-tige. II évacue Pignerol, Rivoli, en un mot,tous les postes qui pouvaient couvrir ses der-rières : il se détache volontairement de sabase.
Le général Turreau, ne trouvant plus rienalors devant lui, se réunit à la division Cha-bran, qui déboucha du val d’Aoste. Il fut aus-sitôt expédié de la grosse artillerie de Briançon,pour le siège de la citadelle de Turin.
Puisque les Autrichiens avaient, d’abord,montré tant d’opiniâtreté à conserver leur po-sition sous cette ville, je n’aurais point vouluqu’ils s’en éloignassent au momentoù devenaitinexécutable le plan de diversion que j’ai tracéplus haut. 11 me semble qu’il était temps d’enconcevoir un autre, adapté aux circonstances,et dont pouvait encore résulter le salut de l’ar-mée impériale.
Dès qu’une partie de l’armée française eutpassé le Pô, c’est-à-dire, vers le 10 ou 11 juin,les Autrichiens devaient tomber, avec la grandemajorité de leurs forces, sur le général Tur-reau et la division Chabran.
Il était essentiel de rejeter le général Tur-reau derrière Suze , et la division Chabran audelà d’ivrée.
Les Autrichiens, campés sous Turin, avaienttous leurs mouvements parfaitement libres,depuis que l’avant-garde française avait quittéChivasso, pour se porter à l’est, vers Pavie,et ensuite au delà du Pô; parce déplacement,elle avait cessé d’observer son ennemi, et de letenir en échec.
Après s’être débarassés du général Tur-reau, d’une part, et s’etre remis, de l’autre,en possession du val d’Aoste, les Autrichienspouvaient aussi se diriger à l’est. Il leur suffi-sait de laisser quelques troupes en observationdevant Turin, ou même, de jeter dans cetteplace une garnison respctable.
Dès lors, les généraux de l’Empereur ne de-vaient plus avoir qu’une pensée : c’était de des-cendre rapidement la rive gauche ou septen-trionale du Pô, et de venir se poster à dos del’armée française.
Leur marche était tracée par Chivasso, Ver-ceil, INovarre et Milan. Pendant qu’elle s’exé-cutait, le général Otto s’étendait toujours versla partie orientale, comme nous l’avons vu
plus haut. L’armée française se voyait par làmenacée sur ses deux flancs à la fois.
Il ne s'agit point ici de prendre de ces posi-tions où Ton ne veut qu’attendre l’attaque del’ennemi; il fallait attaquer soi-même, et leplus vivement possible ; il fallait entreprendrehardiment de rejeter les Français eux-mêmessur la défensive. Ils cherchaient à couper lescommunications des Autrichiens ; ceux-ci de-vaient donc chercher à couper laleur. C/est unprincipe général et reconnu : dès que l’ennemimanœuvre contre vos communications, manœu-vrez aussitôt contre les siennes. 11 est évidentque vous ne pouvez lui faire un mal plus sen-sible, qu’en vous portant où il n’est pas.
Bonaparte, me dira-t-on, ne pouvait-il pointaller, avec toutes ses forces, au-devant de Mê-las ?N’élait-il point présumablequ’il le battrait,selon sa coutume? Certes, les chances n’étaientpoint pour le général autrichien, mais celui-cin’avait-il pas la liberté d’éviter une action gé-nérale? La Lombardie est un pays fort coupé ,surtout en se rapprochant des montagnes;avec quelques talents, Mêlas pouvait réduirele choc des deux armées àunechaine d’affairesde postes; et ce n’est point là une bataille.
Les Autrichiens étaient, sinon supérieurs,du moins égaux en nombre aux Français; deplus, ils avaient une base de places fortes:leurs ennemis étaient privés de cet immenseavantage.
Mêlas était dans une position à se promettreles plus heureux résultats, s’il avait su tempo-riser. Que devenaient les Français, une foisleurs magasins épuisés? Ils ne pouvaient espé-rer de rien tirer de l’autre côté des montagnes,dont les Autrichiens devaient sans cesse tendreà se rapprocher.
Je ne vois point pour eux de position plusfavorable que celle de Novarre , où je place laforce principale, en faisant directement frontà Milan. Je pousse de là un corps vers Galle-rato; celui-ci détache sur Corne, et ainsi desuite. 11 est essentiel que, pendant ce temps,le général Otto se tienne au sud ou à Test, dansles environs de Monza, et que Mêlas suive di- 1reclementles Français, dès qu’ils ont pénétréjusqu’à Milan.
Les Autrichiens étaient appuyés dans cesopérations sur une base suffisante, caron pou-vait, sous le rapport stratégique, les considérer