Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
418
JPEG-Download
 

418

HISTOIRE

bile, les Français, à l’ouverture delà campagned’hiver, attaquent Wasserbourg, et chassentles Autrichiens de ce poste.

L’importance de ce mouvement hardi nepeut e'chapper aux yeux d’un observateur exer-cé. Par son heureux résultat, les Français dé-gagèrent leur flanc, premier but que doit seproposer tout général en ouvrant une cam-pagne, puisque l’effet en est immanquablementde prolonger la base.

Il y avait, dans celte circonstance, un mo-tif de plus : l’occupation de Wasserbourg frayele chemin de Salzbourg, point qui, à justetitre, fixait toute l’attention du général Moreau.

L’affaire de Wasserbourg eut lieu le 29 no-vembre : je n’en donnerai point les détails,parce que je ne m’attache ici qu’au résultatstratégique.

L’armée française, au commencement de lacampagne, était habilement partagée en troiscorps, chacun de trois divisions : l’aile droite ,sous le général Lecourbc, observant le Tyrol ;le centre, commandé parMoreau lui-même, surla rive droite de l’iser en Bavière; et la gau-che, sous le général Sainte-Suzanne, s’étendaitau delà du Danube, vers la Rednitz. Je necompte pas ici le corps franco-batave du gé-néral Augereau, qui opérait en Franconie.

Que firent, de leur côté, les Impériaux? Sui-virent-ils les conseils du général Lloyd, quiprouve que c’est en Tyrol, derrière l’Inn, etaux environs d’Inspruck, que doit se concen-trer l’armée autrichienne, pour défendre lacapitale contre un ennemi, maître de la Bavière?Nous allons voir qu’ils firent précisément lecontraire.

Le général Lloyd conseille de menacer duTyrol le flanc droit de l’ennemi : les Autri-chiens envoyèrent le général Klénau sur le flancgauche des Français, ce qui ne pouvait menerà rien, car le général Augereau était trop éloi-gné , pour qu’il fût important de le séparer dela grande armée. Moreau parut peu inquiet decette diversion, dont les généraux autrichiensse promettaient les plus garnis résultats.

Ils avaient commis une bien grande faute ,le jour même qu’il furent débusqués de Was-serbourg, parles Français. Ils s’étaient concen-trés à Massing et à Neumarkt,et, par ce mou-vement, s’étaient exposés à être coupés du Tyrol,à la première tentative de l’ennemi.

Le 30 novembre, la grande armée autri-chienne marcha de Neumarkt à Ampfing : l’a-vanl-garde rencontra celle des Français, com-mandée par le général Ney, qui se replia dansla forêt de Haag.

Le général Ney avait une force peu considé-rable : les généraux autrichiens regardèrent sonmouvement rétrograde comme l’effet de leurssavantes dispositions. Il est très-facile de se re-présenter quelle était alors leur manière devoir. « L’ennemi, disaient-ils, est tourné à sa» gauche par le comte de Klénau ; ses derrières» sont menacés, il est coupé du Danube et» d’Augsbourg. A sa droite, il a le Tyrol, oc-» cupé par nos troupes, et, de là, il peut même• être pris à dos, tant que, concentré entre» l’Inn et Munich, il fera front à notre grande» armée. »

Ce raisonnement aurait été spécieux, 1° siles Autrichiens avaient été plus forts dans leTyrol, ou avaient voulu y donner signe d’exis-tence; 2° si les Français, par l’occupation deWasserbourg, n’avaient débordé les Autri-chiens , et menacé leurs communications.

Mais, dans l’état réel des choses, il étaitex-trèmemenl inconsidéré de conclure que le gé-néral Moreau n’avait plus d’autre parti à pren-dre que celui de la retraite, et qu’il fallaits’apprêter à le poursuivre vivement.

Le jour suivant ne fil que confirmer bienplus encore les Impériaux dans leur funesteerreur. Leur armée s’avança sur trois colonnes,pour pousser devant elle cet ennemi que l’oncroyait en pleine retraite. Elle rencontra lesdeux divisions françaises, qui s’étaient retirées laveille dans la forêt de Haag: elles étaient avan-tageusement postées sur des hauteurs. I. s’en-gagea une action assez vive, dans laquolle lesFrançais abandonnèrent 2 pièces de canon,que les mauvais chemins ne permirent pasd’emmener. S’ils s’étaient follement obs.inés àtenir plus longtemps, ils s’exposaient à se voirenvelopper par les Autrichiens, prodigieuse-ment supérieurs en nombre. Cette affaire eutlieu le 1 er décembre.

Le 2 compléta l’illusion des Autrichiens ; ilsne doutèrent plus de la victoire, et cou’urentà leur ruine.

Le général Moreau fit un mouvementrétro-grade, partie pour rassembler ses divisions,partie pour attirer l’ennemi dans les déliés de