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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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DE LA CAMPAGNE DE 1800.

42 J

général Decaen arriva sur la Salza. Un corpsennemi occupait à Lauffen, sur la rive droite,une position dont on ne pouvait espérer de ledéloger qu’en la tournant. La Salza est beau-coup plus rapide que le Lech, l’Iser et l’Inn;mais le général Decaen fit choix de quelqueshabiles nageurs, qui allèrent chercher desbarques attachées au rivage opposé. On s’enservit pour le passage de 4 ou 500 hommes.Pendant ce temps, on inquiétait l’ennemi àLauffen, par une vive canonnade. Tout à coup,le petit détachement qui avait passé la rivière,tombe avec impétuosité sur son flanc, le cul-bute , et se maintient intrépidement contre uneforce supérieure, jusqu’à l’établissement d’unpont de bateaux.

Le gros de l’armée impériale était posté sousSalzbourg, sur l’une et l’autre rive de la Salza.Le combat s’engagea, le 14, de grand matin,avec l’aile droite, commandée par le généralLecourbe. Les Autrichiens avaient une artillerietrès-nombreuse, mais les troupes françaisesétaient inébranlables dans leurs positions. Versdeux heures après midi, le général Decaen sevit en état d’attaquer le flanc droit de l’en-nemi : il le rompit, et le poussa jusqu’au vil-lage de Bergbeim, près Salzbourg. Les Autri-chiens, craignant que la division Richepanse,qui suivait le général Decaen , ne se portât surle chemin de Neumarkt et de Lintz, se retirè-rent précipitamment dans la nuit suivante.

Le lendemain, de bonne heure, les Françaisentrèrent à Salzbourg, poursuivirent l’ennemi,et lui firent un grand nombre de prisonnierssur le chemin de Neumarkt; ils placèrent leursavant-postes à une lieue de ce bourg. Tous lesponts sur la Salza étaient en leur pouvoir, toutesleurs communications assurées. La grande ar-mée autrichienne se trouvait séparée du corpsqui occupait le Tyrol.

Telle est la substance de ce rapport. Mes re-marques tombent d’abord sur deux points quin’auront point frappé le vulgaire des lecteurs.Le premier, c’est qu’il est inconcevable queles Autrichiens aient oublié ou négligé de s’em-parer des barques qui se trouvaient sur la ri-vière; le second , c’est que les Français avaientde hardis nageurs, qui, malgré la rigueur dela saison, se jetèrent dans un courant rapide.Ges nageurs avaient été organisés spéciale-ment : cela prouve qu’en France règne le vé-

ritable esprit militaire ; qu’aucune partie de cegrand art n’est dédaignée; que l’on y pense,en un mot, que le soldat doit être formé pourla guerre, et non pour des revues et des pa-rades. Ce corps de nageurs, comme tout ce quiest nouveau, donna lieu à bien des railleriesen Allemagne; et dans deux mémorables occa-sions (le passage du Danube et celui de laSalza), il contribua puissamment à la défaitedes railleurs.

Au total, cette opération des Français dansl’archevêché de Salzbourg, repose sur les prin-cipes les plus réfléchis, particulièrement surcelui de la base. Par là, ils évitaient une autreopération sur le Danube, qui eût pu devenirdangereuse, et qui, du moins, eût été exces-sivement pénible : de plus, ils tournaienttoutes les positions que l’ennemi aurait puprendre derrière l’Inn et la Salza, en descen-dant ces rivières, et se rapprochant du Danube.Il leur était libre de pénétrer dans le cœur del’Autriche, en couvrant leur aile droite contretoute tentative du côté du Tyrol : quant àleur gauche, ils n’avaient plus rien à redouterpour elle.

Enivrés partant de succès, quelques écri-vains allèrent jusqu’à dire, dans le temps, quele général Moreau se trouvait dans une positionà menacer le flanc droit de l’armée aœrichienneen Italie. Cette assertion était dénuée de toutfondement, tant que Moreau avait encore quel-que chose à faire en Autriche. Un coup d’œilsur la carte, montre qu’il n’était point aussiprès du Tagliamento que le croyaient les nou-vellistes; qu’avant d’y parvenir, il y avait desmontagnes à franchir, et qu’une fois arrivé surce fleuve, il se serait trouvé sans base.

Frappée de terreur en voyant les Françaiss’avancer à grands pas vers sa résidence, lacour de Vienne se hâta d’envoyer l’archiducCharles prendre le commandement de l’armée.Ce prince y arriva le 17 décembre, et ne putprendre d’autre parti que de la conduire der-rière l’Ens. Peut-être eût-il été possible encorede gagner le Tyrol, et de manœuvrer les Fran-çais en flanc; mais je n’ignore pas que les che-mins offraient des difficultés presque insurmon-tables pour une armée, déjà considérablementaffaiblie par tant d’échecs, et découragée partant de souffrances.

Tout bien considéré, il me semble que c’est