200 LIVRE III, CHAPITRE (\.
ne'ralité de la nation ne soit pas tellement misérable,qu’elle se trouve toujours contrainte d’acheter aumeilleur marché, quoiqu’en dernier résultat les chosesainsi achetées lui reviennent plus cher.
On sent que les réglemens par lesquels l’autoritépublique se mêle des détails de la fabrication (en sup-posant qu’ils réussissent à faire fabriquer des mar-chandises de meilleure qualité, ce qui est fort dou-teux ) , sont insuffisans pour les faire consommer ; ilsne donnent pas au consommateur le goût des bonneschoses et les moyens de les acquérir. La difficulté serencontre ici, non du côté du producteur, mais ducôté du consommateur. Qu’on me trouve des con-sommateurs qui veuillent et qui puissent se procurerdu beau et du bon , je trouverai des producteurs quileur en fourniront. C’est l’aisance d’une nation qui laconduit à ce but; l’aisance ne fournit pas seulementles moyens d’avoir du bon, elle en donne le goût. Orce ne sont point des réglemens qui procurent de l’ai-sance , c’est la production active et l’épargne ; c’estl’amour du travail favorable à tous les genres d’indus-trie , et l’économie qui procure des capitaux. C’estdans un pays où ces qualités se rencontrent, que cha-cun acquiert assez d’aisance pour mettre du choixdans ses consommations. La gêne, au contraire, mar-che toujours de front avec la prodigalité; et lors-qu on est commandé par le besoin, on ne choisitpas.