364 LIVRE III, CHAPITRE 9 .
non pas de ses revenus, mais aux dépens des joueursmoins adroits ou moins heureux que lui.
On a dit qu’une dette publique attachait au sortdu gouvernement tous les créanciers de l’état ; et queceux-ci, associés à sa bonne comme à sa mauvaisefortune, devenaient ses appuis naturels. C’est très-vrai.Mais ce moyen de conservation s’appliquant à unmauvais ordre de chose comme à un bon, est préci-sément aussi dangereux pour une nation qn’il peutlui être utile.
On a dit que la dette publique fixait l’état de l’opi-nion sur la confiance que mérite le gouvernement,et que dès lors le gouvernement jaloux de maintenirun crédit dont elle montre le degré, était plus inté-ressé à se bien conduire. U convient de faire ici unedistinction. Se bien conduire pour les créanciers del’état, c’est payer exactement les arrerages de la dette;se bien conduire pour le contribuable, c’est dépenserpeu. Le prix courant des rentes offre à la vérité un gagede la première manière de se bien conduire, mais nul-lement de la seconde. 11 ne serait peut-être pas mêmeextravagant de dire que l’exact payement de la dette,loin de garantir une bonne administration, y suppléeen beaucoup de cas, et fait tolérer en certains paysde grands et nombreux abus.
On a dit en faveur de la dette publique qu’elle of-frait aux capitalistes qui ne trouvent point d emploiavantageux de leurs fonds , un placement qui les em-