Band 
IIde partie.
Seite
78
JPEG-Download
 

78

vers les onze heures du soir, nous nous ren-dîmes à un bal destiné pour la noblesse, etdonné dans la salle où siège le conseil.C’est la fête la plus extraordinaire que j’aie vuede ma vie ; et personne au monde, en entrantdans cette salle, avant l’arrivée de la compa-gnie, n’auroit deviné que c’étoit-là le lieudestiné à recevoir en grand gala le premiercorps de letat. Je n’y ai vu, pour tousmeubles, qu’une mauvaise table de sapin,et des bancs plus mauvais encore. Sur lesmurs étoient quelques tableaux, dont le prin-cipal représentoit un Christ, et les autres lesdétails historiques d’un prétendu miracle,inventé sans doute par quelque moine dansles siècles de superstition ; miracle auquel onattribue sans rire la fondation de l'église pa-roissiale de la ville. Nous trouvâmes cettesingulière salle de bal illuminée par cinqchandelles qui s’accrurent jusqu’au nombre deonze par la munificence de l’ancien bailli.Au reste, la compagnie se trouva beaucoupmoins nombreuse qu’on ne s’y étoit attendu.Le restaurateur, qui a voit entrepris de four-nir les rafraîchissemens de cette fête, netarda pas à faire apporter plusieurs grossesdames-jeannes pleines de vin, des verres,du pain et tous les rogatons qu’il avoit eus de

reste

1