26 TESTIMONIA ET JUDICIA
ont méritée? Stace, à force de bouffissure , de monotonie etde mauvais goût , est beaucoup plus ennuyeux et plus pénibleà lire que Silius Italicus , quoiqu’il ait plus de verve que lui,et qu’au milieu de son fatras, il y ait quelques étincelles.Le meilleur endroit de son poème est le combat des deuxfrères, et ce qui précède et ce qui suit ce combat, qui fait lesujet du onzième livre. Ce n’est pas que l’auteur y quitte leton de déclamation ampoulée qui lui est naturel ; mais il ymêle quelques traits de force et de pathétique. Au reste ,Stace a joui pendant sa vie d’une grande réputation. Juvénalnous apprend que toute la ville de Rome était "en mouvementpour aller l’entendre , quand il devait réciter ses vers enpublic, suivant l’usage de ces temps-là, et que la lecture dela Thebaide était une fête pour les Romains. Cela suffiraitpour prouver combien le goût était corrompu à cette époque.II vivait sous Domitien. II adresse , en finissant, la parole àsa muse, et l’avertit de ne prétendre à aucune concurrenceavec la divine Enéide ; mais de la suivre de loin et d’a-dorer ses traces. Sa muse lui a ponctuellement obéi. II nelaisse pas de se promettre l’immortalité, et de compter surles honneurs que la postérité lui rendra. Mais il aurait mieuxfait de s’en tenir aux applaudissemens de son siècle que d’enappeler au nôtre. Son poème est parvenu jusqu’à nous, il estvrai, et le temps qui a dévoré tant d’écrits de Tite-Live, deTacite, de Sophocle , d’Euripide , a respecté la Thèbaìde deStace. Ainsi, pendant le long cours des siècles d’ignorance,le hasard a tiré de mauvais ouvrages de la poussière qui couvreencore et couvrira peut-être éternellement une foule dechefs-d’œuvre. Ce n’est pas là sans doute le genre d’immor-talité que promettent les muses. Et qu’importe que l’onsache dans tous les siècles que Stace a été mauvais poète ? sesécrits ne sont connus que du très-petit nombre de gens de