54
LIVRE PREMIER.
Cf;
£
l)t ! c. 171».Confî.-tnee gene-rale.
4 »
. / -U
‘t • '
Il y a toujours dans les maux publics un mal réel et un mald’imagination, l’un contribuant à rendre l’autre insupportable.C’est beaucoup de faire cesser le mal d’imagination, car ondiminue le sentiment du mal réel, et on inspire à celui quisouffre la patience d’attendre la guérison, et surtout la dispo-sition à s’y prêter. Sous le Directoire, c’était un parti pris dene plus rien espérer d’un gouvernement faible, déconsidéré,'qui, pour réprimer les factions, allait jusqu’à la violence,sans obtenir aucun des effets de la force. On prenait toutde lui en mauvaise part, on ne voulait en attendre aucun bien,on ne voulait pas même y croire quand, par hasard, il enréalisait quelque peu. La victoire, car elle avait paru lui re-venir vers les derniers jours de son existence, la victoire,ipii aurait valu de la gloire à d’autres, n’avait pas mêmeservi à le faire honorer.
L’avéneinent du général Honaparte, dont on s’était habituéà tout attendre, en fait de succès, avait changé cette disposi-tion. Le mal d’imagination était guéri; on avait confiance, onprenait tout en bonne part. Assurément les choses étaientbonnes en soi, car il était bon de délivrer les otages,d’élargir les prêtres, de montrer des dispositions pacifiquesà l’Europe; mais on était surtout disposé à les considérercomme telles. Un signe de rapprochement comme l’accueilfait à un aide-de-camp, un armistice sans conséquence commecelui qui venait d’être signé sur le Rhin, passaient déjà pourdes gages de paix. Tel est le prestige de la confiance! Elleest tout pour un gouvernement qui commence, et envers celuides consuls elle était immense. Aussi l’argent arrivait-il autrésor, du trésor aux armées, qui, contentes de ces premierssoulagements, attendaient avec patience ceux qui leur étaientpromis plus tard. En présence d’une force réputée supé-rieure à toutes les résistances, les partis se soumettaient: lespartis oppresseurs sans prétention d’opprimer encore, lespartis opprimés avec confiance de ne plus l’être. Le bien ac-