CONSTITUTION DE L’AN Vlll.
05
universel mais nul, car elles constituaient un cercle de candi- Dec. im.daturc si vaste, que l’obligation de choisir dans ce cercle, étaitun pouvoir absolu d’élire, déféré au gouvernement et au Sé-nat. Ce Corps législatif muet, entendant discuter la loi, maisne la discutant pas lui-môme, ayant à ses côtés le Tribunat,chargé de la discuter contradictoirement avec le Conseil d’É-tat, était une espèce de chambre des communes, coupée endeux, l’une ayant le vote, l’autre la parole, et toutes deuxannulées par celte séparation même ; car la première était expo-sée à s’endormir dans le silence, la seconde à s’épuiser dansde stériles agitations. Ce Sénat se nommant lui-même et tousles corps délibérants, nommant le chef du pouvoir exécutif, etau besoin l’absorbant dans son sein, ce Sénat pouvant toutcela, mais privé de fonctions actives, ne prenant aucune partà la loi, se bornant à la casser si elle était inconstitutionnelle,ce Sénat, réduit ainsi à une sorte d’inaction pour qu’il fût plusdésintéressé, et animé seulement du sentiment de la conser-vation, ce Sénat était bien l’imitation savante, mais exagérée,d’une pairie aristocratique, prenant peu de part au mouve-ment des affaires, l’arrêtant quelquefois par son veto, et rece-vant dans son sein les hommes qui, après une carrière agitée,viennent se reposer volontiers au milieu d’un corps grave, in-fluent et honoré. Ce Grand-Électeur enfin, c’était bien laroyauté, réduite au rôle peu actif, mais considérable, de choi- '
sir les chefs agissants du gouvernement ; c’était la royauté,mais avec des précautions infinies contre son origine et sa du-rée, car elle sortait de l’urne du Sénat et pouvait s’y enseve-lir au besoin. En un mot, ce suffrage universel, ce Corps lé-gislatif, ce Tribunat, ce Sénat, ce Grand-Électeur, ainsi consti-tués, énervés, neutralisés les uns par les autres, attestaient unprodigieux effort de l’esprit humain, pour réunir dans unemême constitution toutes les formes connues de gouver-nement, mais pour les annuler ensuite à force de précau-tions.
TOM. i.