CONSTITUTION DK L’AN VIII.
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à une époque où le besoin d’une inain puissante, comme celle Dec.du général Bonaparte, n’aurait pas dominé toutes les combi-naisons; supposons cette vaste notabilité établie, ce Sénatpuisant librement en elle les corps de l’Étal et le chef du gou-vernement, que serait-il arrivé?... Bientôt la nation n’eût misaucun intérêt à renouveler des listes, qu’i n’étaient qu’un moyenimpuissant d’exprimer son vœu; ces listes seraient devenuespresque permanentes ; le Sénat y eût puisé a son gré les corpsde l’État, le Grand-Electeur; et, nommant le chef du pouvoirexécutif, pouvant le faire dispara lire à chaque instant, le te-nant sous sa dépendance absolue, il aurait été à peu près tout;il aurait été, quoi? L’aristocratie vénitienne, avec son livre d’or,avec son doge fastueux et nul, chargé, tous les ans, d’épouserla mer Adriatique. Spectacle curieux, et digne d’étre médité!
M. Sieyès, esprit profond et élevé, sincèrement attaché à laliberté de son pays, avait parcouru, en dix ans, ce cercled’agitations, de terreurs, de dégoûts, qui avaient conduit laplupart des républiques du moyen Age, et la plus célèbred’entre elles, celle de Venise, au livre d’or et à un chef nomi-nal. 11 avait abouti à l’aristocratie vénitienne, constituée auprofit des hommes de la Révolution, car pendant dix ans ilattribuait à ceux qui avaient exercé des fonctions depuis 1789,le privilège de figurer de droit sur les listes de notabilité; etil voulait, en outre, se réserver à lui-même et à trois ou quatrepersonnages principaux du temps, la faculté de composer pourune première fois tous les corps de l’État.
Mais on*n’improvise pas l’aristocratie, on n’improvise quele despotisme. Cette société tourmentée ne pouvait se reposerque dans les bras d’un homme puissant. On allait tout ad-mirer, tout admettre dans celte Constitution extraordinai-re, tout, sauf le Grand-Electeur richement doté, et en ap-parence oisif. On allait le remplacer par un chef actif eténergique, par le général Bonaparte; et, un seul ressortchangé, cette Constitution devait, sans aucune complicité de
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