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LIVRE PREMIER.

Déc. 1700. adaptée à celui qui devait la remplir, c’est-à-dire, au généralBonaparte. Cette place avait trop d’apparence, et pas assezde pouvoir réel : trop d’apparence, car il fallait éviter d’effa-

'nrfa >• rouclicr les imaginations, en rendant trop manifeste le retour

à la monarchie,- pas assez de pouvoir réel, car il fallait une

autorité presque sans bornes à l’homme qui était chargé deréorganiser la France. Certains esprits, incapables de com-prendre le désintéressement d’un penseur profond, qui n’a-vait songé qu’à faire concorder ses conceptions entre elles,et nullement à combiner les ressorts de sa Constitution dansun intérêt personnel, certains esprits affirmaient que le Grand-Électeur n’avait pu être inventé pour un caractère aussi actifque le général Bonaparte, et que dès lors M. Sieyès n’avaitpu l’imaginer que pour lui-même, qu’il se réservait cette place,et qu’il destinait à son jeune collègue celle de consul de laguerre. C’était là une conjecture mesquine et malveillante.M. Sieyès joignait à une grande force de pensée, une finessed’observation remarquable, et il jugeait trop bien sa positionpersonnelle et celle du vainqueur de l’Italie, pour croire qu’ilpût être, lui, cette espèce de roi électif, et le général Bona-parte simplement son ministre. 11 avait en ceci uniquementobéi à l’esprit de sytèrne. D’autres interprétateurs, moinsmalveillants, croyaient, à leur tour, que M. Sieyès destinait eneffet la place de Grand-Électeur au général Bonaparte, maisdans le but de lui lier les mains, et surtout de le faire prochai-nement absorber par le Sénat conservateur. Les amis de laliberté ne lui en savaient pas mauvais gré. Les partisans dugénéral Bonaparte ne pouvaient parler de cette invention du

Grand-Electeur sans jeter les hauts cris; et, parmi eux, Lu-cien Bonaparte, qui à tour à tour contrarié ou serv i le chef de

/ ( sa famille, mais toujours capricieusement, sans à-propos, sansmesure, jouant tantôt le frère passionné pour la grandeur deson frère, tantôt le citoyen ennemi du despotisme, Lucien Bo-naparte déclamait avec violence contre le projet de M. Sieyès.