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[Vol. 1.]
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LIVRE H.

Janv. i8oo. nés, qui pensaient ainsi; c’étaient les esprits sages, éclairés,qui n’auraient pas voulu que la Révolution se démentit elle-même sitôt, et si complètement. Aussi les indifférents se de-mandaient-ils avec curiosité, les bons citoyens avec une in-quiétude véritable, comment le Tribunat, seul corps qui eûtla parole, se comporterait a l’égard du gouvernement, et com-ment le gouvernement supporterait une opposition, s’il venaità s’en produire une.

Quand une réaction se prononce, quelque générale que soitcette réaction, elle n’entraine pas tout le monde ; et elle irrite,révolte môme, ceux qu’elle n’entraîne pas. MM. Chénier, An-drieux, Ginguené, Daunou, Benjamin Constant, qui siégeaientau Tribunat, MM. de Tracy, Yolney, Cabanis, qui siégeaientau Sénat, tout en déplorant les crimes de la terreur, n’étaientpas disposés à penser que la Révolution française eût tortcontre ses adversaires. Les doctrines monarchiques et reli-gieuses, qui revenaient à vue d’œil, les froissaient, surtout parla précipitation immodérée avec laquelle s’opérait ce retouraux anciennes idées. Ils en éprouvaient un mécontentementqu’ils ne prenaient aucun soin de déguiser. La plupart étaientsincères. Fortement attachés à la Révolution, ils en voulaientpresque tout, sauf le sang et les spoliations, et ne voulaientguère ce qu’on croyait entrevoir dans la pensée profonde dunouveau dictateur. Qu’on ne persécutât pas les prêtres, soit-mais qu’on les favorisât jusqu’à les remettre à l’autel, c’était troppour ces fidèles sectateurs de la philosophie du dix-huitièmesiècle. Qu’on rendit un peu plus d’unité, et de force au pou-voir, soit encore; mais qu’on poussât ce soin jusqu’à rétablirl’unité monarchique au profit d’un homme de guerre, c’étaitencore beaucoup trop à leurs yeux. Du reste, comme il ar-rive toujours, leurs motifs étaient divers: si c’étaient là lesopinions de MM. Chénier, Ginguené, Daunou, Tracy, Cabanis,ce ne pouvaient être celles de M. Constant, qui n’avait puiséassurément, dans la société de la famille Necker, où il vivait,