Band 
[Vol. 1.]
Seite
260
JPEG-Download
 

260

LIVRE III.

Mai 1800. autrichienne, jetée dans le Danube, devait être à moitié dé-truite, et la campagne terminée. Mais Moreau échouant dans sonattaque, il fallait rétrograder; la campagne d’Allemagne étaitcompromise ; et, plus que tout cela, la campagne décisive d’Italieétait peut-être rendue impossible. Moreau agissait, à la guerre,sans grandeur, mais avec sûreté. Il laissa dire les braves gens quirépondaient de culbuter les Autrichiens, et refusa de tenter uneattaque de vive force. Restait la guerre de manœuvres. On pou-vait passer sur la rive gauche au-dessus d’Ulm, mouvement quenous venons de décrire ; mais il fallait alors, pour tourner les Au-trichiens dans cette position, s’engager tellement sur la rivegauche, que la Suisse cessait d’être couverte, et que le déta-chement envoyé vers les Alpes était compromis. On pouvait,en restant sur la rive droite, descendre le Danube fort au-des-sous d’Ulm, le passer loin des Autrichiens, et faire tomber leurposition en les coupant du bas Danube. Mais en descendantle fleuve on livrait les derrières de l’armée, on laissait encoredécouverte la route de la Suisse. MoTeau renonça donc à dé-loger M. de Kray par aucun de ces moyens; et, bien qu’avecla qualité de ses troupes il pût tout hasarder, on ne sauraitle blâmer de tant de mesure, surtout de tant de scrupule àsuivre le plan qui couvrait le mieux les opérations du Pre-mier Consul, son chef mais son émule.

11 résolut alors de faire une manœuvre qui était la véritable,c’était de se diriger sur Augsbourg, c’est-à-dire de négligerle cours du Danube, pour traverser ses affluents, et fairetomber toutes les lignes de défense des Autrichiens, par unemarche directe sur le cœur de l’empire. Cette manœuvre,sérieusement exécutée, aurait infailliblement détaché M. deKray du Danube et de son camp d’Ulm, pour l’attirer à lasuite de l’armée française. Elle était très-hardie, sans toute-fois découvrir les Alpes, puisqu’elle plaçait Moreau toujoursà leur pied. Mais il n’y avait pas de demi-parti à prendre: ilfallait ou rester immobile devant Ulm, ou se porter résolument