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LIVRE IV.
Mai la*', pouvait tout au plus nourrir 15 raille hommes, car les valléesde la haute Suisse étaient entièrement ruinées par la présencedes armées belligérantes. Restaient les passages du Simplon,du grand Saint-Bernard, du mont Cenis. Ils n’étaient pascomme aujourd’hui traversés par de grandes routes. 11 fallaitdémonter les voilures au pied du col, les transporter sur destraîneaux, pour les remonter de l’autre côté des monts. Cespassages offraient tous les trois à peu près les mômes difficul-tés. Cependant le mont Cenis, fréquenté plus souvent, étaitplus frayé que les autres, et présentait peut-être à cause decela moins d’obstacles matériels ; mais il débouchait sur Tu-rin, c’est-à-dire au milieu des Autrichiens, trop près d’eux,et ne se prêtait pas assez au projet de les envelopper. LeSimplon, au contraire, le plus éloigné des trois, par rapportau point de départ, offrait les inconvénients opposés. 11 dé-bouchait, il est vrai, aux environs de Milan, dans un beaupays, assez loin des Autrichiens, tout à fait sur leurs derriè-res; mais il présentait une difficulté fort grande, c’était celledes distances. Il fallait, en effet, pour y parvenir, remonteravec le matériel de l’armée toute la longueur du Valais, cequi eût exigé des moyens de transport que nous n’avions pasà notre disposition. Au milieu des vallées arides et couvertesde glace qu’on allait traverser, on était réduit à tout porteravec soi, et ce n’était pas une chose indifférente que d’avoirune vingtaine de lieues de plus à parcourir. Dans le cas, aucontraire, du passage par le Saint-Bernard, on n’avait à faireque le chemin de Villeneuve à Martigny, c’est-à-dire de l’ex-trémité du lac de Genève, point où cessait le moyen de lanavigation, jusqu’au pied du col. C’était une lrès-_petile distanceà franchir. Le Saint-Bernard débouchait ensuite dans la val-lée d’Aoste, sur Ivrée, entre les deux routes de Turin et deMilan, dans une très-bonne direction pour envelopper lesAutrichiens. Bien que plus difficile, peut-être plus périlleux,il méritait la préférence, à cause de la brièveté du trajet.