LIVRE IV.
Mai 1800.
Lannes,
dirigé sur lvrée,rencontreun obstacleimprévu.
• 2 »<>
ses canons ; et ils se saisirent des pièces abandonnées. Destroupes de cent hommes, sorties successivement des rangs,les traînaient chacune à son tour. La musique jouait îles airsanimés dans les passages difficiles, et les encourageait à sur-monter ces obstacles d'une nature si nouvelle. Arrivé au faitedes monts, on trouvait les rafraîchissements préparés par lesreligieux du Saint-Bernard, on prenait quelque repos, pourrecommencer à la descente de plus grands et de plus périlleuxefforts. On vit ainsi les divisions Chambarlhac et Monuiertraîner elles-mêmes leur artillerie ; et, l’heure avancée ne per-mettant pas de descendre dans la même journée, elles aimèrentmieux bivouaquer dans la neige que de se séparer de leurscanons. Heureusement le ciel était serein, et on n’eut pas àbraver, outre les difficultés des lieux, les rigueurs du temps.
Pendant les journées des 16, 17, 18, 19, 20 mai, les divi-sions continuèrent à passer avec les vivres, les munitions etl’artillerie. Le Premier Consul, toujours placé à Martigny,pressait l’expédition du matériel ; Berthier, de l’autre côté duSaint-Bernard, Je recevait, et le faisait réparer par les ou-vriers. Le Premier Consul, dont la prévoyance ne s’arrêtaitjamais, songea tout de suite à pousser sur le débouché desmontagnes pour s’en emparer, Lannes, qui avait déjà sa divi-sion réunie, et quelques pièces de quatre prêtes à rouler. 11lui ordonna de s’avancer jusqu’à lvrée, et d’enlever cette ville,afin de s’assurer ainsi l’entrée de la plaine du Piémont. Lannesmarcha le 16 et le 17 mai sur Aoste, où se trouvaient quel-ques Croates qui furent jetés dans le bas de la vallée; puis ils’achemina vers le bourg de Chàtillon, où il arriva le 18. Unbataillon ennemi qui se trouvait là fut culbuté, et perdit bonnombre de prisonniers. Lannes s’engagea ensuite dans lavallée, qui, à mesure qu’on descendait, s’élargissait sensible-ment, et montrait aux yeux charmés de nos soldats des habi-tations, des arbres, des champs cultivés, tous les avant-cou-reurs, en un mot, de la fertilité italienne. Ces braves gens