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LIVRE VI.

Octob. i8oo. la fille d’un riche et honorable négociant de Marseille. Il étaitdoux, assez fin, agréable de sa personne, et causait à sonfrère moins d’ennuis qu’aucun autre. C’était à lui que le Pre-mier Consul réservait l’honneur de négocier la paix de la Ré-publique, avec les Etats de l’ancien et du nouveau monde,il l’avait chargé de conclure le traité qui se préparait avecl’Amérique, et venait de le nommer plénipotentiaire à Luné-ville, cherchant ainsi à lui ménager un rôle qui plût à la France.Lucien, actuellement ministre de l’intérieur, était un hommed’esprit, mais d’un esprit inégal, inquiet, ingouvernable, etn’ayant pas assez de talent, quoiqu’il en eût, pour racheterce qui lui manquait sous le rapport du bon sens. Tous deuxflattaient le penchant du Premier Consul, à s’élever jusqu’aupouvoir suprême; et cela se conçoit. Le génie du PremierConsul, sa gloire, étaient choses à lui personnelles : une qua-lité seule pouvait être transmissible à sa famille, c’était laqualité princière, s’il la prenait un jour, en la préférant àcelle de premier magistrat de la République. Ses frères étaientde ceux qui disaient avec le moins de retenue, que la formeactuelle du gouvernement n’avait été qu’une transition, ima-ginée pour ménager les préjugés révolutionnaires, mais qu’ilfallait en prendre son parti, et que si on voulait fonder quel-que chose de vraiment stable, on ne pouvait se dispenser dedonner au pouvoir plus de concentration, d’unité et de durée.La conclusion de tout cela était facile à tirer. Le PremierCon'sul, comme tout le monde le sait, n’avait pas d’enfants,ce qui embarrassait fort ceux qui rêvaient déjà la transforma-tion de la République en monarchie. Il était en effet difficilede prétendre qu’on voulait assurer la transmission régulièreet naturelle du pouvoir, dans la famille d’un homme qui n’a-vait pas d'héritiers. Aussi, bien que dans l’avenir ce défautd’héritiers pût être un avantage personnel pour les frères duPremier Consul, c’était aujourd’hui un argument contre leursprojets, et ils reprochaient souvent à madame Bonaparte un