154
LIVRE VI.
Octob. 1800.
Singulièrede'marchede Louis XVIllauprès du Pre-mier Consul.
comme il aimait à être flatté. M. de Talleyrand cherchait àcomplaire aux frères, en disant qu’il fallait imaginer pour lePremier Consul une autre position que celle qu’il tenait de laConstitution. M. Fouché cherchait à complaire à madame Bona-parte, en disant que l’on commettait de graves imprudences,et qu’on perdrait tout, en voulant tout brusquer. Cette ma-nière de pénétrer dans sa famille, d’en exciter les agitationsen s’y mêlant, déplaisait singulièrement au Premier Consul.11 le témoignait souvent, et, quand il avait quelque communi-cation à faire aux siens, en chargeait son collègue Cambacérès,qui, avec sa prudence accoutumée, entendait tout, ne disaitrien que ce qu’on lui ordonnait de dire, et s’acquittait de cegenre de commission avec autant de ménagement que d’ex-actitude.
Une circonstance assez étrange venait de donner à toutesces agitations intérieures un objet présent et positif. Le prince,qui fut depuis Louis XVIII, exilé alors, avait tenté une dé-marche singulière, et peu réfléchie. Beaucoup de royalistes,pour expliquer et excuser leur retour vers le nouveau gou-vernement, feignaient de croire, ou croyaient en effet, que legénéral Bonaparte voulait rappeler les Bourbons. Ces hom-mes, qui n’avaient pas lu, ou pas su lire, l’histoire de la révo-lution d’Angleterre, et y découvrir les terribles leçons dontelle est pleine, venaient tout à coup d’y découvrir une ana-logie qui charmait leurs espérances: c’était le rappel desStuarts par le général Monck. Ils supprimaient Cromwell,dont cependant le rôle était assez grand pour n’être pas oublié.Ils avaient fini par produire une opinion factice, qui étaitarrivée jusqu’à Louis XVIII. Ce prince, doué de tact et d’esprit,avait eu la mal - adresse d’écrire au général Bonaparte lui-même, et lui avait fait parvenir plusieurs lettres, qu’il croyaitdignes, mais qui ne l’étaient pas, et qui ne prouvaient qu’unechose, les illusions ordinaires de l’émigration. Voici la pre-mière de ces lettres.