38
LIVRE X.
Avril 1801.
Ingénieux effortsde la coloniepour se suffireà elle-même.
Ke'tablissementdu commerceavec l’Afrique,l'Arabieet Ja Grèce,
la fécondité de ses inventions. Il avait amené avec lui la com-pagnie des aérostiers, reste des aérostiers de Fleurus. C’était uneréunion d’ouvriers de toutes les professions, organisés militai-rement. Avec leur secours, il avait établi au Kaire des machi-nes à tisser, à fouler, à tondre les draps; et, comme la lainene manquait pas, on espérait que bientôt on pourrait suppléercomplètement aux étoffes d’Europe. Il en était de même dela poudre. Les fabriques établies au Kaire par M. Champy, enproduisaient déjà une quantité suffisante pour tous les besoinsde la guerre. Le commerce intérieur se rétablissait à vued’œil. Les caravanes, bien protégées, commençaient à venirdu centre de l’Afrique. Les Arabes de la mer rouge se ren-daient dans les ports de Suez et de Cosséir, où ils échan-geaient le café, les parfums, les dattes, contre les blés et lesriz de l’Égypte. Les Grecs, profitant du pavillon turc, et plusagiles que les croiseurs anglais, venaient apporter à Damiette,à Rosette et Alexandrie, de l’huile, du vin et diverses denrées.En un mot, on ne manquait de rien dans le présent, et degrandes ressources se préparaient dans l’avenir. Les officiers,voyant que l’occupation définitive de l’Égypte était chose réso-lue, faisaient leurs dispositions pour s’y établir le moins triste-ment possible. Ceux qui vivaient à Alexandrie, ou au Kaire,et c’était le plus grand nombre, y avaient trouvé des logementscommodes. Des femmes syriennes, grecques, égyptiennes, lesunes achetées aux marchands d’esclaves, les autres obéissantà un penchant volontaire, étaient venues partager leur de-meure. La tristesse était bannie. Deux ingénieurs avaientconstruit un théâtre au Kaire, et les officiers y jouaient eux-mèmes des pièces françaises. Les soldats ne vivaient pas plusmal que leurs chefs, et, grâce à cette facilité du caractèrefrançais à se familiariser avec toutes les nations, on les voyaitfumer, boire du café, en compagnie des Turcs et desArabes.
Les ressources financières de l’Égypte, bien administrées,