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[Vol. 2.]
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LIVRE X.

Avril 1801. qu’à l’excès, dans sa bravoure et son expérience guerrière,elle ne doutait pas de jeter à la mer les Turcs ou les Anglais,qu’on lui enverrait d’Asie ou d’Europe. Il est certain que, biencommandés, ces 18 mille hommes, réunis à propos, et por-tés en niasse sur des troupes nouvellement débarquées, de-vaient, quoi qu’il arrivât, rester maîtres du rivage de l’Égypte.Mais il fallait qu’ils fussent bien dirigés: c’était la condition dusuccès pour cette armée, comme pour toute autre.

Qu’on imagine Kléber, ou, ce qui aurait mieux valu, De-saix, le sage, le vaillant Desaix, laissé en Égypte, d’où le liramalheureusement la tendre affection du Premier Consul ; qu’onl’imagine, échappant au poignard musulman, et gouvernantl’Égypte pendant quelques années I Qui peut douter qu’il nel’eût convertie en une colonie florissante, qu’il n’y eût fondéun superbe empire? Un climat sain, sans une seule lièvre,une terre d’une fertilité inépuisable, des paysans soumis etcomme attachés à la glèbe, des recrues volontaires, quellesupériorité de conditions sur l’établissement que nous fondonsaujourd’hui eu Afrique!

Le general Mais au lieu de Kléber, au lieu de Desaix, c’est Menou qui

Menou.

Raisons qui lui était devenu général en chef de l’armée, par droit d’ancien-

valurent le coin-

mandement, neté. Ce fut un malheur irréparable pour la colonie, et ce futune faute de la part du Premier Consul, de ne l’avoir pasremplacé. N’étant pas sur de faire arriver à point nommé unordre en Égypte, il craignait que, si l’arrêté qui contenait lanomination d’un nouveau général, tombait dans les mainsdes Anglais, ils ne s’en servissent pour désorganiser le com-mandement. Ils auraient fait savoir que Menou était destitué,et n’auraient pas transmis l’ordre qui lui donnait un succes-seur. Le commandement serait donc resté incertain pendantun temps plus ou moins long. Cependant ce motif ne suffiraitpas pour excuser le Premier Consul, s’il avait pu connaître laprofonde incapacité de Menou sous le rapport militaire. Uneraison le décida en faveur de ce général, c’était son zèle connu