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LIVRE XI.
Juillet 1801. C’en était une, et des plus surprenantes, qu’un roi et qu’unereine, après douze années d’une révolution, qui avait renversé,ou menacé tant de trônes : c’en était une surtout, bien flatteusepour le peuple fronçais, car ce roi et celle reine étaientl’ouvrage de ses victoires. Partout de vifs transports écla-tèrent à la vue des infants. Ils furent reçus avec des égardset des respects infinis. Aucun désagrément ne put leur fairesentir qu’ils voyageaient au milieu d’un pays naguère boule-versé de fond en comble. Les royalistes, que rien ne flattaitdans cette œuvre monarchique de la Révolution française,furent les seuls à saisir l’occasion de montrer quelque ma-lice. Au théâtre de Bordeaux il crièrent avec violenceet affectation: Vive le roi! on répondit par ce cri: A basles rois l
Le Premier Consul modéra lui-môme, par des lettres éma-nées de son cabinet, le zèle un peu excessif des préfets, etne voulut pas qu’on fit de cette apparition royale un trop grandévénement. Ces jeunes princes arrivèrent à Paris en juin,pour y passer un mois entier. Ils devaient loger chez l’ambas-sadeur d’Espagne. Le Premier Consul, quoique simple ma-gistrat temporaire d’une république, représentait la France:devant cette prérogative tombaient tous les privilèges du sangroyal. 11 fut convenu que les deux jeunes majestés, prévenantle Premier Consul, lui feraient la première visite, et qu’il laleur rendrait le lendemain. Le second et le troisième Consul,qui ne pouvaient pas se dire au même degré les représentantsde la France, durent faire la première visite aux infants. Ainsise trouvait rétablie, quant à ceux-ci, la distance de la nais-sance et du rang. Le lendemain même de leur arrivée, lecomte et la comtesse de Livourne furent conduits à la Malmai-son par l’ambassadeur d’Espagne, comte d’Azara. Le PremierConsul les reçut à la tête de cette maison toute militaire, qu’ils’était composée. Le comte de Livourne, un peu embarrasséde sa contenance, se jeta naïvement dans les bras du Premier