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LIVRE XI,
Août 1801.
Le Premier Consul reçut ces communications, au momentmême de la plus grande chaleur des négociations de Londres.L’irritation qu’il en ressentit est facile à deviner. Quoiqu’ilfût sensible aux affections de famille, souvent jusqu’à la fai-blesse, il contenait son irritabilité moins avec ses parents qu’avectoute autre personne, et assurément on pouvait en cette occa-sion lui pardonner de s’y laisser aller. Aussi le fit-il sans ré-serve, et se livra-t-il contre son frère Lucien à un violent em-portement.
Toutefois il espérait que le traité ne serait pas encore ra-tifié. Des courriers extraordinaires furent envoyés à Badajos,pour annoncer que la France refusait sa ratification, et pourprévenir celle de l’Espagne. Mais ces courriers trouvèrent letraité ratifié par Charles IV, et l’engagement devenu irrévo-cable. Lucien fut consterné du rôle embarrassant, humiliantmême, qui lui était réservé en Espagne, au lieu du rôle bril-lant qu’il avait espéré y jouer. Il répondit à la colère de sonfrère par un accès de mauvaise humeur, accès assez fré-quent chez lui, et envoya sa démission au ministre des affai-res étrangères. De son côté le prince de la Paix devint arro-gant. Il se permit un langage, qui était ridicule et insensé àl’égard d’un homme tel que celui qui gouvernait alors la France.Il annonça d’abord la cessation de toute hostilité envers lePortugal, puis demanda la retraite des Français, et ajoutamême cette déclaration fort imprudente, que, si de nouvellestroupes passaient la frontière des Pyrénées, leur passage se-rait considéré comme une violation de territoire. Il réclamade plus la restitution de la flotte enfermée à Brest, et uneprompte conclusion de la paix générale, pour faire cesser leplus tôt possible une alliance devenue onéreuse à la cour deMadrid '. Cette conduite était aussi inconvenante que contraireaux véritables intérêts de l’Espagne. Il faut dire cependant
1 Note du 26 juillet.