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[Vol. 2.]
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LIVRE XI.

Octob. 1801 res, on répandait le bruit de la rupture des négaciations. Sur-le-champ le peuple se livra sans retenue à ces transports vio-lents, qui sont particuliers au caractère passionné de la nationanglaise. Les voitures publiques partant de Londres portaientces mots, écrits à la craie et en grosses lettres: Paix avec laFrance. Partout on les arrêtait, on les dételait, on les traî-nait en triomphe. On se figurait que tous les maux de la di-sette, de la cherté, allaient finir à la fois. On rêvait des biensinconnus, immenses, impossibles. Il y a des jours où les peu-ples, comme les individus, fatigués de se haïr, éprouvent lebesoin d’une réconciliation, même passagère, même trom-peuse. Dans cet instant, malheureusement si court, le peupleanglais croyait presque aimer la France ; il adorait le héros,le sage qui la gouvernait: il criait Vive Bonaparte, avectransport.

Telle est la joie humaine: elle n’est vive, elle n’est profonde,qu’à la condition d’ignorer l’avenir. Remercions la sagesse deDieu d’avoir fermé aux hommes le livre du destin 1 Combientous les cœurs eussent été glacés ce jour-là, si, le voile quicachait l’avenir, venant à tomber tout à coup, les Anglais etles Français avaient pu voir devant eux, quinze ans d’une haineatroce, d’une guerre acharnée, le Continent et les mers inon-dés du sang des deux peuples ! Et la France, combien elle eûtété consternée, si, tandis qu’elle se croyait grande, grande àjamais, elle eût entrevu, dans une page de ce redoutable livredu destin, les traités de 1815 ! Et ce héros, victorieux et sage,qui la gouvernait, combien il eût été surpris, épouvanté, si,au milieu de ses plus belles œuvres, il avait pu apercevoirses immenses fautes ; si, au milieu de sa prospérité la pluspure, il avait entrevu sa chute effroyable, et son martyre!Oh! oui, la Providence, dans la profondeur de ses desseins,a bien fait de ne découvrir que le présent à l’homme ; c’estbien assez pour son faible cœur! Et nous, aujourd’hui, quisavons tout, et ce qui se passait alors, et ce qui s’est accompli