211
LIVRE XIII.
Nov. 1801. Qui croirait qu’en présence de tant de bien, ou déjà fait,ou prêt à se faire, il pût s’élever une opposition, et surtoutune opposition vive? Il s’en préparait une cependant, et des
quitter l’Angleterre il a eu une conférence avec les ministres, et il en a été par-faitement accueilli. On lui a demandé si, en retournant en France, son projetn’était pas de rentrer aussi dans l’administration. Il a répondu que ses prin-cipes, sa conduite pendant la Révolution et son dévouement à la famille royale,lui imposaient l’obligation de n’accepter aucune place des mains du nouveaugouvernement ; mais qu’attaché à la France par goût et par instinct, il ne re-fuserait point de donner des conseils, si on lui en demandait, et s’il les croyaitavantageux à sa patrie.
« Son arrivée à Paris a fait une grande sensation. II se voit tous les jours as-siégé de visites et entouré de créatures, comme au moment le plus brillant desa fortune et de son crédit. L’opinion qu’il va être élevé au ministèle lui amènedes nuées de solliciteurs; et, pour s’y dérober, il a été obligé de fuir à la cam-pagne. II ne paraît pas cependant que cette opinion soit fondée; et si jamaiselle se réalise, ce ne sera pas encore à présent. Tout ce qu’on sait, c’est qu’ildevait être présenté, il y a quelques jours, à Bonaparte, et avoir une conférencesecrète avec lui.
«Il voit tous ses anciens amis, et s’ouvre à eux avec une entière liberté.Témoin de la faiblesse et de la nullité des puissances étrangères, il ne croit pasqu’on puisse trouver en elles la moindre garantie contre l’invasion révolution-naire, et bien moins encore une protection efficace pour la cause du Roi. Ilrépète ce que nous savions déjà depuis long-temps, que les hommes qui gou-vernent en Europe, sont des hommes sans moyens et sans caractère, qui neconnaissent point le temps où ils vivent, qui ne savent ni juger le présent nipressentir l’avenir, et qui sont également dépourvus du courage qui fait entre-prendre et de la fermeté qui sait persévérer. Il les regarde tous comme livrésà Bonaparte, tremblants devant lui, et prêts à exécuter humblement toutes sesvolontés. Aussi est-il persuadé que ce n’est qu’en France qu’on peut travaillerà la restauration de la monarchie, non en se mettant en avant, et en fomentantde sots et de ridicules complots, plus propres à déshonorer sa cause qu’à luipréparer de véritables succès; mais en s’occupant, sans bruit et sans éclat,du soin de rétablir l’opinion, de détruire la prévention, d'affaiblir les craintes,de réunir tous les serviteurs du Roi, et de les tenir prêts à profiter en sa faveurde tous les événements que le cours naturel des choses doit amener.
«M. de Calonne assure qu’en Angleterre l’enthousiasme pour Bonaparte estnon-seulement général, mais porté à un excès dont il est difficile de se faireune idée. La cour et la ville, la capitale et les provinces, toutes les classes decitoyens, depuis les ministres jusqu’aux artisans, tous s’empressent de publierses louanges, et chantent à l’envi ses victoires et l’éclat de son pouvoir. Aureste, cet enthousiasme n’est pas particulier à l’Angleterre; toute l’Europe enest, pour ainsi dire, infectée. De toutes parts on accourt à Paris pour voir le