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LIVRE XIII.
janv. 1802. coup, môme de ceux qui avaient agi contre lui. Ils venaient,les uns par curiosité, les autres par faiblesse, et pour désa-vouer par leur présence leur participation à ce qui se passait.
Vive allocution M. Sieyès se trouvait au nombre des visiteurs. Le Premier
à une réunion
<ie sénateurs. Consul était comme d’usage en uniforme ; son visage parais-sait animé, on s’attendait à quelque scène violente. On fîtcercle autour de lui. Vous ne voulez donc plus, dit-il, nom-mer des généraux? cependant vous leur devez la paix: ceserait le moment de leur témoigner votre reconnaissance. —Après ces premiers mots, les sénateurs Kellermann, Françoisde Neufchâteau et d’autres furent rudement interpellés. Ilsse défendirent assez mal. Puis la conversation redevint géné-rale , et le Premier Consul reprit la parole en dirigeant sesregards du côté de M. Sieyès.— Il y a des gens, dit-il à très-liaute voix, qui veulent nous donner un Grand-Électeur, etqui songent à un prince de la maison d’Orléans. Ce système,je le sais, a des partisans même au Sénat. — Ces parolesfaisaient allusion à un projet vrai ou faux, attribué àM. Sieyès,et que ses ennemis lui prêtaient auprès du Premier Consul.M. Sieyès, en entendant ces poroles offensantes, se retira enrougissant. Le Premier Consul s’adressant alors aux sénateursréunis, ajouta: Je vous déclare que si vous nommez M. Dau-nou sénateur, je prendrai cela pour une injure personnelle, etvous savez que je n’en ai jamais souffert aucune. —
Cette scène effraya la masse des sénateurs présents, etaffligea les plus sages. Ceux-ci voyaient avec peine qu’onpoussât à une telle irritation un homme si grand, si nécessaire,mais si peu maître de lui, quand il était offensé. Les malveil-lants s’en allèrent, criant que jamais on n’avait traité les mem-bres des corps de l’Étal, d’une manière plus indécente et plusinsupportable. Cependant le coup était porté. La peur avaitpénétré dans ces âmes haineuses mais timides, et celtebruyante opposition allait s’humilier tristement devant l’hommequ’elle avait voulu braver.