CONSULAT A VIE.
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tenant la balance égale entre eux. Depuis quelque temps, Avril i&w.vous m’avez obligé à lire l’histoire de l’Église. J’y ai vu queles querelles religieuses ne se passent pas autrement que lesquerelles politiques ; car vous prêtres, nous militaires ou ma-gistrats , nous sommes tous hommes. Elles ne finissent quepar l’intervention d’une autorité assez forte pour obliger lespartis à se rapprocher et à se fondre. Je mêlerai doncquelques évêques constitutionnels aux évêques que vous ap-pelez fidèles; je les choisirai bien, j’en choisirai peu, mais ily en aura. Vous les réconcilierez avec l’Église romaine; je lesobligerai à être soumis au Concordat, et tout ira bien. Dureste, c’est chose résolue, n’y revenez plus. — Le Grand Con-sul, comme l’appelait le cardinal, si on insistait, s’animait vite ;et le cardinal s’arrêtait, car il l’admirait, l'aimait, le craignaitégalement, et disait au Saint-Père: N’irritons pas cet homme!lui seul nous soutient dans ce pays, où tout le monde estcontre nous. Si son zèle se refroidissait un instant, ou si parmalheur il venait à mourir, il n’y aurait plus de religion enFrance. — Le cardinal, quand il n’avait pas réussi, s’efforcaitnéanmoins de paraître satisfait, car le général Bonaparte aimaità voir les gens contents, et prenait de l’humeur quand on seprésentait à lui avec un visage chagrin. Le cardinal se mon-trait donc toujours doux et serein, et avait, par ce moyen,trouvé l’art de lui plaire. Il voyait d’ailleurs les peines qu’a-vait le général Bonaparte, et il n’aurait pas voulu les accroître.
Le général, à son tour, s’efforcait d’expliquer au cardinal lessusceptibilités, les ombrages de l’esprit français ; et, malgré sapuissance, il faisait autant d’efforts pour le convaincre, que lecardinal en pouvait faire de son côté pour l’amener à ses vues.
Un jour, impatienté des instances du légat, il le fit taire parcette parole à la fois gracieuse et profonde. — Tenez, lui dit-il, cardinal Caprara, possédez - vous encore le don des mira-cles? le possédez-vous?... en ce cas, employez-le, vous merendrez grand service. Si vous ne l’avez pas, laissez-moi faire ;tom. ni. 22