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[Vol. 2.]
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LIVRE XIV.

Avril 1802. paix générale. Naturellement la satisfaction était partout, etquiconque n’avait pas dans le cœur les mauvaises passionsdes partis, était heureux du bonheur public. Ce jour-là il yeut de grands dîners chez les ministres, auxquels assistèrentles principaux membres des administrations. Les représen-tants des puissances étaient conviés chez le ministre des af-faires étrangères. Il y avait un banquet brillant chez le Pre-mier Consul, où étaient invités le cardinal Caprara, l’arche-vêque de Paris, les principaux élus du nouveau clergé, les plushauts personnages de l’État. Le Premier Consul s’entretintlong-temps avec le cardinal; il lui montra sa joie d’avoirachevé une telle œuvre. 11 était fier de son courage, et de sonsuccès. A peine un léger nuage traversa-t-il un instant sonnoble front: ce fut à l’aspect de certains des généraux dontl’attitude et le langage n’avaient pas été convenables en cettecirconstance. Il leur exprima son mécontentement avec unefermeté de ton qui n’admettait pas la réplique, et qui ne lais-sait pas craindre une récidive.

OavragedeM.de Pour compléter l’effet que le Premier Consul avait voulu

Chateaubriand

sur le Gt'nîe du produire dans ce même jour, M. de Fontanes rendait compte,dans le Moniteur , d’un livre nouveau, qui faisait grand bruiten ce moment: c’était le Génie du Christianisme. Ce livre, écritpar une jeune gentilhomme breton, M. de Chateaubriand, alliédes Malesherbes, long-temps absent de sa patrie, décrivaitavec un éclat infini les beautés du christianisme, et relevait lecôté moral et poétique des pratiques religieuses, livrées vingtans auparavant aux plus amères railleries. Critiqué violemmentpar MM. Chénier etGinguené, qui lui reprochaient des couleursfausses et outrées, soutenu avec passion par les partisans dela restauration religieuse, le Génie du Christianisme, commetoutes les œuvres remarquables, fort loué, fort attaqué, produi-sait une impression profonde, parce qu’il exprimait un senti-ment vrai, et très-général alors dans la société française : c’é-tait ce regret singulier, indéfinissable, de ce qui n’est plus, de