370
LIVRE XI\.
.Mai Isa?, des milliers de bras, qui se lèveraient, soyez-en sûrs, si leurfatigue et la force du gouvernement ne les retenaient. Lesprêtres forment un corps, au fond peu ami de nous tous. 11faut que, de leur côté, les hommes qui ont pris part à la Révo-lution s’unissent, se lient entre eux, forment aussi un tout so-lide, et cessent de dépendre du premier accident qui frappe-rait une seule tête. Il s’en est fallu de bien peu que vous nefussiez rejetés dans le chaos par l’explosion du 3 nivôse, etlivrés sans défense à vos ennemis. Depuis dix ans nous n’a-vons fait que des ruines, il faut fonder enfin un édifice pournous établir dedans, et y vivre. Ces six mille légionnaires,composés de tous les hommes qui ont fait la Révolution, quil’ont défendue après l’avoir faite, qui veulent la continuer dansce qu’elle a de raisonnable et de juste, ces six mille légion-naires, militaires, fonctionnaires civils, magistrats, dotés avecles biens nationaux, c’est-à-dire avec le patrimoine de la Ré-volution , sont une des plus fortes garanties que vous puissiezdonner à l’ordre de choses nouveau. Et puis, soyez-en sûrs,la lutte n’est pas finie avec l’Europe ; tenez pour certain qu’ellerecommencera. N’est-on pas heureux d’avoir dans les mainsun moyen si facile de soutenir, d’exciter la bravoure de nossoldats? Au lieu de ce chimérique milliard, que vous n’o-seriez même plus promettre, vous pouvez, avec seulementtrois millions de revenu en biens nationaux, susciter autantde héros pour soutenir la Révolution qu’elle en a trouvé pourl’entreprendre. —
Tels étaient les arguments du Premier Consul. Il en avaitd’autres encore, destinés à ceux qui demandaient que le nou-vel ordre fût purement militaire, et décerné seulement à l’ar-mée. Je ne veux pas, disait-il, fonder un gouvernement deprétoriens ; je ne veux pas récompenser uniquement les mili-taires. J’entends que tous les mérites soient frères, que lecourage du président de la Convention, résistant à la popu-lace, soit rangé à côté du courage de Kléber, montant à l’as-