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LIVRE XIV.
Mai 1802 .
Motifs qui avaientfait différer cetteprésentation.
Mouvementde l’opinion pu-blique en faveurdu
Premier Consul,
Voeu généralde lui continuer,pour toute sa vie,le pouvoir qu’il areçu
pour dix an.
pour le dernier. On voulait qu’il servit en quelque sorte decouronnement aux œuvres du Premier Consul, et aux délibé-rations de cette session extraordinaire. De plus, on le re-gardait comme une occasion de faire éclater la reconnaissancepublique, en faveur de l’auteur de 'tous les biens dont onjouissait.
Depuis quelque temps, en effet, on se demandait si on nedonnerait pas un grand témoignage de gratitude nationale àl’homme, qui, en deux années et demie, avait tiré la Francedu chaos, et l’avait réconciliée avec l’Europe, avec l’Église,avec elle-môme, et déjà presque complètement organisée.Ce sentiment de reconnaissance était universel et mérité. Ilétait facile de le faire aboutir à l’accomplissement des vœuxsecrets du Premier Consul, vœux qui consistaient à obtenir àperpétuité le pouvoir qui lui avait été confié pour dix ans. Lesesprits, au surplus, étaient fixés à cet égard, et, sauf un petit nom-bre de royalistes ou de jacobins, personne n’aurait compris, per-sonne n’aurait voulu, que le pouvoir passât dans d’autres mainsque celles du général Bonaparte. On regardait la continuation in-définie de son autorité, comme la chose la plus simple et la plusinévitable. Convertir celte disposition des esprits en un actelégal était donc facile ; et, si, dix-huit mois auparavant, lorsquele fameux Parallèle entre César, Cromwell et le général Bona-parte, provoqua trop tôt la discussion sur ce point, on ren-contra quelque répulsion, il n’en était plus ainsi désormais.Il n’y avait qu’un mot à dire pour que sur-le-champ on offritau Premier Consul, sous tel titre et telle forme qu’il voudrait,une véritable souveraineté. Il suffisait de choisir un à-proposquelconque, et d’énoncer la proposition, pour qu’elle fût im-médiatement accueillie.
Le moment où tant d’actes mémorables venaient de se suc-céder coup sur coup, était effectivement celui que le PremierConsul dans ses calculs, ses amis dans leur impatience in-téressée, les esprits avisés dans leurs prévisions, avaient dé-