CONSULAT A VIE.
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signé, et que le public, naïf, sincère dans ses sentiments, Mai i«m.était prêt à accepter pour une grande manifestation. Le géné-ral Bonaparte souhaitait le suprême pouvoir, c’était naturelet excusable. En faisant le bien, il avait obéi à son génie; enle*faisant, il en avait espéré le prix. Il n’y avait là rien decoupable, d’autant plus que, dans sa conviction et dans lavérité, pour achever ce bien, il fallait long-temps encore unchef tout-puissant. Dans un pays qui ne pouvait pas se pas-ser d'une autorité forte et créatrice, il était légitime de pré-tendre au pouvoir suprême, quand on était le plus grandhomme de son siècle, et l’un des plus grands hommes de l’hu-manité. Washington, au milieu d’une société démocratique,républicaine, exclusivement commerciale, et pour long-tempspacifique, Washington avait eu raison de montrer peu d’am-bition. Dans une société républicaine par accident, monar-chique par nature, entourée d’ennemis, dès lors militaire, nepouvant se gouverner et se défendre sans unité d’action, legénéral Bonaparte avait raison d’aspirer au pouvoir suprême,n’importe sous quel titre. Son tort, ce n’est pas d’avoir prisla dictature, alors nécessaire ; c’est de ne l’avoir pas toujoursemployée comme dans les premières années de sa carrière.
Le général Bonaparte cachait profondément dans son cœur Vœu secretdes désirs que tout le monde, même le peuple le plus simple, Premier consul,apercevait clairement. C’est tout au plus s’il s’en ouvrait àses frères. Jamais il ne disait que le litre de Premier Consulpour dix ans avait cessé de lui suffire. Sans doute, quand laquestion se présentait sous forme théorique, quand on parlaitd’une manière générale de la nécessité d’une autorité forte, ilse donnait carrière, et exprimait sa pensée à cet égard. Maisjamais il ne concluait à demander pour lui-méme une proro-gation de pouvoir. Tout à la fois dissimulé et confiant, il com-muniquait certaines choses aux uns. certaines aux autres, etcachait quelque chose à tous. À ses collègues, surtout à M.
Cambacérès, dont il appréciait la haute sagesse; à MM. Fouché