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Mai i«> 2 . n’était plus que ce qu’il avait toujours été, c’est-à-dire unesprit supérieur, mais chagrin, impuissant, réduit désormaisà médire de toutes choses, dans la terre de Crosne, prix vul-gaire de ses grands services. M. Cambacérès, au contraire,était devenu le directeur secret du Sénat. Dans la conjonc-ture actuelle, le général Bonaparte ne pouvant pas se procla-mer lui-même consul à vie ou empereur, ayant besoin qu’uncorps quelconque prit l’initiative, c’était évidemment le Sénat,et dans le Sénat, l’homme qui le dirigeait, auquel appartenaitla plus grande importance.
M. Cambacérès, quoique dévoué au Premier Consul, nevoyait pas toutefois sans quelque déplaisir un changement,qui tendait à le placer à une distance encore plus grande deson illustre collègue. Sachant néanmoins que les choses n’enresteraient pas où elles étaient, qu’on perdrait sa peine à faireobstacle aux désirs du général Bonaparte, et que d’ailleurs,dans leurs limites actuelles, ces désirs étaient légitimes, M.Cambacérès résolut de s’entremettre spontanément, pour faireaboutir à un résultat raisonnable, toute celte agitation inté-rieure, et pour donner au gouvernement une forme stable, quisatisfit l’ambition du Premier Consul, sans trop effacer lesformes républicaines, chères encore à beaucoup d’esprits.
Tandis qu’on s’entretenait vivement à ce sujet autour duPremier Consul, lui se bornant à écouter affectant même degarder le silence, M. Cambacérès mit fin à cet état de con-trainte, en parlant le premier à son collègue de ce qui se pas-sait. 11 ne lui dissimula pas le danger de la précipitation dansune affaire de cette nature, et l’avantage qu’il y aurait à con-server une forme modeste, et toute républicaine, à un pouvoiraussi réel, aussi grand que le sien. Toutefois, lui offrant, enson propre nom et au nom du troisième consul Lebrun, undévouement sans réserve, il lui déclara qu’ils étaient prêtsl’un et l’autre, à faire ce qu’il voudrait, et à lui épargner l’em-barras d’intervenir de sa personne, dans une circonstance où