384
LIVRE XIV.
Mai 1802. ayant en quelque sorte abdiqué toute participation aux affairespubliques, il n’était pas prêt à s’en mêler, même pour témoi-gner la gratitude dont il était plein. Les Corps de l’État, saufles meneurs intéressés, étaient saisis d’une sorte de pudeur,à l’idée de venir, à la face du ciel, abjurer ces formes répu-blicaines, qu’ils avaient récemment encore fait serment demaintenir. Beaucoup de gens, peu versés dans les secrets dela politique, allaient jusqu’à croire que le Premier Consul sa-tisfait de la toute-puissance dont il jouissait, depuis surtoutqu’on l’avait débarrassé de l’opposition du Tribunat, se con-tenterait de pouvoir tout ce qu’il voudrait, et se donnerait lagloire facile d’ôtre un nouveau Washington, avec bien plus degénie et de gloire que le Washington américain. Aussi quandles meneurs disaient qu’on n’avait rien fait pour le PremierConsul, qui avait tant fait pour la France, certains esprits sim-ples répondaient naïvement : Mais que voulez-vous qu’on fassepour lui? que voulez-vous qu’on lui offre? quelle récompenseserait proportionnée aux services qu’il a rendus? Sa vraierécompense, c’est sa gloire. —
Maigre ie refus M. Cambacérès était trop sage pour se venger de la dissi-
Premier Consul mulation du Premier Consul, en laissant les choses dans cette
de s'expliquer,
m. Cambacérès stagnation. 11 fallait en finir, et il résolut de s’en mêler sur-le-
cherche a pro- °
tonsuiat^vfè! ( 'hamp. Dans son opinion et dans celle de beaucoup d’hommeséclairés, une prorogation de pouvoir de dix années, accordéeau Premier Consul, laquelle, avec les sept années restant dela première période, portait à dix-sept la durée totale de sonConsulat, était bien suffisante. C’était en effet, soit en France,soit en Europe, déjouer les ennemis qui auraient calculé surle terme légal de sa puissance. Mais M. Cambacérès savaitbien que le Premier Consul ne s’en contenterait pas, qu’il fal-lait lui offrir autre chose, et qu’avec le Consulat à vie, accom-pagné de la faculté de désigner son successeur, on se procu-rerait tous les avantages de la monarchie héréditaire, sans lesinconvénients d’un changement de titre, sans le déplaisir que