430
LIVRE XIV.
Août 1802. Ulm, Masséna, de l’autre, ayant fixé M. de Mêlas sur Gènespar une défense héroïque, il avait, à l’improviste, passé lesAlpes sans route frayée, avec son artillerie traînée dans destroncs d’arbres, paru au milieu de l’Ialie étonnée, coupé la re-traite aux Autrichiens, et, dans une bataille décisive, perdueet regagnée plusieurs fois, pris leur armée, recouvré l’Italie,anéanti les projets de la coalition, et arraché à l’Europe con-fondue un armistice de six mois.
C’est pendant ces six mois de trêve, que les travaux duPremier Consul étaient devenus plus étonnants encore. Né-gociant et administrant tout à la fois, il avait changé la face dela politique, tourné les affections de l’Europe vers la Franceet contre l’Angleterre, gagné le cœur de Paul I ir , décidé lesincertitudes de la Prusse, donné au Danemark et à la Suèdele courage de résister aux violences maritimes dont leur com-merce était l’objet, noué ainsi la ligue des neutres contre laGrande-Bretagne, fermé à celle-ci les ports du Continent, depuisle Texel jusqu’à Cadix, depuis Cadix jusqu’à Otrante, et préparéd’immenses armements pour secourir l’Égypte. Tandis qu’ilfaisait tout cela, il avait achevé la réorganisation des finances,restauré le crédit, payé en numéraire les créanciers de l’État,créé la banque de France, réparé les routes, réprimé le bri-gandage, percé les Alpes de communications magnifiques, éta-bli des hospices sur leur cime, entrepris la grande place d’A-lexandrie , perfectionné Mantoue, ouvert des canaux, jeté denouveaux ponts, commencé la rédaction des Codes. Enfin,après ces six mois d’armistice, l’Autriche hésitant encore àsigner la paix, il avait poussé Moreau en avant, et celui-ci, enachevant par la mémorable bataille de Hohenlinden la de-struction de la puissance autrichienne, avait arraché, sous lesmurs mêmes de Vienne, la promesse d’une paix, signée bien-tôt à Lunéville.
C’est dans ce moment qu’un crime affreux, la machine in-fernale, mettant en péril les jours du Premier Consul, avait