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LIVRE XV.
Août ieo- 2 . de ce qu’on appelle les limites naturelles de la France, c’est-à-dire au delà du Rhin, des Alpes et des Pyrénées. Aux yeuxdes cabinets de l’Europe, un agrandissement ne serait jamaisune faute, à en juger du moins par leur conduite ordinaire.11 y a cependant des agrandissements qui sont des fautes vé-ritables, et la suite de cette histoire le fera voir. On doit lesconsidérer comme tels, lorsqu’ils dépassent la limite qu’onpeut facilement défendre, lorsqu’ils blessent des nationalitésrespectables et résistantes. Mais, il faut le reconnaître, detoutes les acquisitions extraordinaires faites par la Francedans ce quart de siècle, le Piémont était la moins critiquable.S’il eût été possible de constituer immédiatement l’Italie, cequ’il y aurait eu de plus sage à faire, c’eût été de la réunirtout entière en un seul corps de nation; mais, quelque puissantque fût alors le Premier Consul, il n’était pas encore assezmaître de l’Europe pour se permettre une pareille création.Il avait été obligé de laisser une partie de l’Italie à l’Autriche,qui possédait l’ancien État vénitien jusqu’à l’Adige ; une autreà l’Espagne, qui avait demandé pour ses deux infants la créa-tion du royaume d’Étrurie. Il avait dû laisser exister le Papedans un intérêt religieux, les Bourbons de Naples dans l’in-térêt de la paix générale. Organiser définitivement et com-plètement l’Italie, était donc impossible pour le moment. Toutce que pouvait le Premier Consul, c’était de lui ménager unétat transitoire, meilleur que son état passé, propre à prépa-rer son état futur. En constituant dans son sein une Ré-publique , qui occupait le milieu de la vallée du Pô, il y avaitdéposé un germe de liberté et d’indépendance. En prenant lePiémont, il s’y faisait une base solide pour combattre les Autri-chiens. 11 leur donnait des rivaux en y appelant les Espagnols.En y laissant le Pape, en cherchant à se l’attacher, en y suppor-tant les Bourbons de Naples, il ménageait l’ancienne politiquede l’Europe, sans lui sacrifier toutefois la politique de la France.Ce qu’il faisait actuellement était, en un mot, un commence-