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[Vol. 2.]
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LIVRE XVI.

*ev. 1802.

Constitution

de

Saint-Dominguepréparée parToussaint,et dans laquelleil est nommégouverneurà vie, avecfaculté dedésigner sonsuccesseur.

persuadèrent qu’il était en Amérique l’égal du général Bona-parte en Europe, et qu’il devait s’y donner la même situation.Lors donc qu’il apprit la signature de la paix, et qu’il put pré-voir le rétablissement de l’autorité de la métropole, il se hàlade convoquer le conseil de la colonie pour rédiger une consti-tution. Ce conseil s'assembla, et rédigea en effet une consti-tution assez ridicule. D’après les dispositions de cette œuvreinforme, le conseil de la colonie décrétait les lois, le gouver-neur général les sanctionnait, et exerçait le pouvoir exécutifdans toute sa plénitude. Toussaint naturellement fut nommégouverneur, et de plus gouverneur à vie, avec faculté de dé-signer son successeur. L’imitation de ce qui se faisait en Francene pouvait être plus complète et plus puérile. Quant à l’auto-rité de la métropole, il n’en fut pas même question. Seulementla constitution devait lui être soumise, pour être approuvée;mais cette approbation une fois accordée, la métropole n’avaitplus aucun pouvoir sur sa colonie, car le conseil faisait leslois, Toussaint gouvernait, et pouvait, s’il le voulait, priverle commerce français de tous ses avantages; ce qui existaitdans le moment, ce que la guerre avait rendu excusable, maisce qui ne devait pas être toléré plus long-temps. Quand ondemandait à Toussaint quelles seraient les relations de Saint-Domingne avec la France, il répondait : Le Premier Consulm’enverra des commissaires pour parler avec moi. — Quelques-uns de ses amis qui étaient plus sages, notamment le colonelfrançais Vincent, chargé de la direction des fortifications, l’a-vertirent du danger de cette conduite, lui dirent qu’il devaitse défendre de ses flatteurs de toutes couleurs, qu’il provo-querait une expédition française, et qu’il y périrait. L’amour-propre de cet esclave devenu dictateur, l’emporta. Il voulut,comme il le disait, que le premier des noirs fût de fait et dedroit à Saint-Domingue, ce que le premier des blancs était enFrance, c’est-à-dire chef à vie, avec faculté de désigner sonsuccesseur. Il dépêcha en Europe le colonel Vincent, avec mis-