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LIVRE XVII.
Août 1803.
Heureuxeffet produitsur l’esprit deM. Lombardpar le langagedu PremierConsul.
Il fallait, pour rendre cette paix certaine, l’alliance formelle,publique, offensive et défensive, de la Prusse et de la France.Alors aucune des puissances continentales n’oserait former unprojet. L’Angleterre serait manifestement seule, réduite à unelutte corps à corps avec l’armée de Boulogne; et, si à la per-spective de cette lutte se joignait la clôture des marchés del’Europe, elle serait, ou amenée à composer, ou écrasée parla formidable expédition qui se préparait sur les bords de laManche. Mais, répétait sans cesse le Premier Consul, pourcela il fallait l’alliance effective de la Prusse, et un concourssérieux et entier de sa part aux projets de la France. Alorsil réussirait, alors il pourrait combler de biens son alliée, etlui faire ce présent qu’elle ne demandait pas, mais qu’elle dé-sirait ardemment au fond du cœur, celui du Hanovre.
Le Premier Consul, par la sincérité, la chaleur de ses ex-plications, l’éblouissant éclat de son esprit, avait, non pasdupé, comme le dit bientôt à Berlin une faction ennemie, maisconvaincu, entraîné M. Lombard. Il avait fini par lui persuaderqu’il ne méditait rien contre l’Allemagne, qu’il voulait uni-quement se procurer des moyens d’action contre l’Angleterre,et qu’un magnifique agrandissement serait pour la Prusse leprix d’un concours franc et sincère. Quant aux concessionsdont M. Lombard apportait la demande, le Premier Consul luien avait montré les graves inconvénients ; car laisser le com-merce britannique s’exercer librement, tandis qu’on ferait uneguerre qui, jusqu’au jour si incertain de la descente, seraitsans conséquence pour l’Angleterre, c’était abandonner àcelle-ci tous les avantages de la lutte. Le Premier Consul allamême jusqu’à déclarer qu’il était prêt à indemniser, aux dé-pens du trésor français, le commerce souffrant de la Silésie.Toutefois, dans le cas où la Prusse consentirait à stipuler unealliance offensive et défensive, il était disposé, dans un tel in-térêt, à faire quelques-unes des concessions que désirait leroi Frédéric-Guillaume.