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[Vol. 2.]
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LIVRE XVIII.

Août 1803»

Combinaisons

des

conspirateurspour associerà leur complotles partisqui divisentla France.

Fâcheuseconduitede Moreau;motifs

de sa brouilleavec le Pre-mier Consul.

sang, et elle éprouvait une sorte d’horreur pour ces émigrés,qu’elle avait vus tant de fois sous des uniformes anglais ouautrichiens. C’est ici que la jalousie, éternelle et perversepassion du cœur humain, offrait aux conspirateurs royalistesd’utiles et précieux secours.

Il n’était bruit que de la brouille du général Moreau avecle général Bonaparte. Nous avons déjà dit ailleurs que le gé-néral de l’armée du Rhin, sage, réfléchi, ferme à la guerre,était, dans la vie privée, nonchalant et faible, gouverné parses entours; que, sous cette funeste influence, il n’avait paséchappé au vice du second rang, qui est l’envie ; que, comblédes égards du Premier Consul, il s’était laissé aller à lui envouloir, sans autre raison, sinon que lui général Moreau étaitle second dans l’État, et que le général Bonaparte était lepremier; qu’ainsi disposé, Moreau avait manqué de conve-nance en refusant de suivre le Premier Consul à une revue,et que celui-ci, toujours prompt à rendre une offense, s’étaitabstenu d’inviter Moreau au festin qu’on donnait annuellementpour la fondation de la République; que Moreau avait commisla faute d’aller, ce même jour, dîner, en costume de ville, avecdes officiers mécontents, dans un de ces lieux publics, où l’onest vu de tout le monde, au grand déplaisir des gens sages, àla grande joie des ennemis de la chose publique. Nous avonsraconté ces misères de la vanité, qui commencent entre lesfemmes par de vulgaires démêlés, et vont finir entre leshommes par des scènes tragiques. Si une brouille entre per-sonnages élevés est difficile à prévenir, elle est plus difficileencore à arrêter, lorsqu’elle est déclarée. Depuis ce jourMoreau n’avait cessé de se montrer de plus en plus hostile augouvernement consulaire. Quand on avait conclu le Concor-dat, il avait crié à la domination des prêtres; quand on avaitinstitué la Légion-d’Honneur, il avait crié au rétablissementde l’aristocratie, et enfin il avait crié au rétablissement de laroyauté quand on avait constitué le Consulat à vie. II avait fini