Band 
[Vol. 2.]
Seite
408
JPEG-Download
 

408

LIVRE XVIII.

Janr. 1804

Pichegrudésesnth't?par lesdispositionsde Moreau.

positions de l’État. Moreau, entêté dans ces idées, exprimason étonnement à Piehegru de le voir mêlé avec de telles gens.Pichegru n’avait pas besoin des avis de Moreau pour trouverinsupportable la société des chouans dans laquelle il vivait;mais Moreau était lui-même la preuve que, lorsqu’on se met-tait à comploter, il était difficile de n’étre pas bientôt la proiedu plus triste entourage. Pichegru était trop sensé, trop intel-ligent pour partager les illusions de Moreau, et il tenta de luipersuader qu’après la mort du Premier Consul, il n’y avait depossible que les Bourbons. Tout cela était au-dessus de l’in-telligence de Moreau, intelligence médiocre hors du champ debataille. Il s’obstinait à croire que, le général Bonaparte ayantcessé de vivre, lui, général Moreau, deviendrait le premierconsul de la République. Quoiqu’on ne parlât jamais de lamort du Premier Consul, cette mort était toujours sous-enten-due, comme le moyen de débarrasser la scène du personnagequi l’occupait. Du reste, sans chercher des excuses à ces fa-tales négociations, il faut dire, pour les apprécier exactement,que les personnages de cette époque avaient tant vu mourirsur l’échafaud et sur les champs de bataille, avaient tant donnéou subi d’ordres terribles, que la mort d’un homme n’a-vait pas pour eux la signification et l’horreur que la fin desguerres civiles, et les adoucissements de la paix, lui ont heu-reusement rendue parmi nous.

Pichegru sortit désespéré cette fois, et dit au confident quil’avait conduit chez Moreau, et qui le reconduisait dans uneobscure retraite : Celui-là aussi a de l’ambition; il veut gou-verner la France à son tour. Pauvre homme ! il ne saurait pasla gouverner vingt-quatre heures. — Georges, instruit de toutce qui se passait, s’écria avec l’ordinaire énergie de son lan-gage : Usurpateur pour usurpateur, j’aime mieux celui quigouverne que ce Moreau, qui n’a ni cœur ni tête! — C’estainsi qu’en le voyant de près, ils traitaient l’homme que leurs