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LIVRE XVIII.
Mars 1804.
Moreau,ayant refusede’ s’ouvrir augrand-juge,est livre'à la justice.
avec Georges, qui, une fois avouées, auraient rendu sa versioninadmissible. Mais ce malheureux ignorait que les relations dePiehegru avec Georges, et avec les princes émigrés, étant con-statées d’une manière certaine par d’autres dépositions, livrerseulement le secret des entrevues de Moreau avec Piehegru,c’était établir un lien fatal entre Moreau, Georges et les princesémigrés. Les dépositions de Lajolais suffisaient donc pourmettre en évidence les torts de Moreau. La première chose àfaire était d’éclairer amicalement ce dernier sur la marche del’instruction, pour ne pas l’exposer à mentir inutilement. 11fallait, en lui prouvant qu’on savait tout, l’amener à tout dire.Si l’on y eût ajouté le ton, le langage qui pouvaient l’inviter àla confiance, peut-être on aurait provoqué un moment d’aban-don qui aurait sauvé cet infortuné. Au lieu d’agir ainsi, legrand-juge interrogea Moreau sur ses rapports avec Lajolais,Piehegru, Georges, et sur chacun de ces points lui laissa tou-jours dire qu’il ne savait rien, qu’il n’avait vu personne, qu’ilignorait pourquoi on lui adressait toutes ces questions, et nel’avertit point qu’il s’engageait dans un dédale de dénégationsinutiles et compromettantes. Cette entrevue avec le grand-juge n’eut donc point le résultat qu’en attendait le PremierConsul, et qui eût rendu possible un acte de clémence aussinoble qu’utile.
M. Régnier revint aux Tuileries pour rapporter le résultatde l’interrogatoire de Moreau. — Hé bien, reprit le PremierConsul, puisqu’il ne veut pas s’ouvrir à moi, il faudra bienqu’il s’ouvre à la justice. — Le Premier Consul fit donc suivrel'affaire avec la dernière rigueur, et déploya la plus extrêmeactivité pour saisir les coupables. Il songeait surtout à sauverl’honneur de son gouvernement, très-gravement compromis,si on ne fournissait la preuve de la réalité du complot, par ladouble arrestation de Georges et de Piehegru. Sans cettearrestation, il passait pour un bas envieux, qui avait voulucompromettre et perdre le second général de la République.