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[Vol. 2.]
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LIVRE XVIII.

Mars 1804. était soigneusement gardée. Ce ne pouvait être que le ducd’Enghien, venant en quarante - huit heures d’Ettenheim àParis, et retournant de Paris à Ettenheim dans le même espacede temps, après quelques moments passés au milieu de sescomplices. Mais, ce qui achevait aux yeux du Premier Consulcette malheureuse démonstration, c’était la présence supposéede Dumouriez. Le plan se complétait ainsi d’une manière frap-pante. Le comte d’Artois devait arriver par la Normandie avecPichegru, le duc d’Enghien par l’Alsace avec Dumouriez. LesBourbons pour rentrer en France se faisaient accompagnerpar deux célèbres généraux de la République. La tête, ordi-nairement si saine, si forte du Premier Consul, ne tint pas àtant d’apparences trompeuses. Il fut convaincu. 11 faut avoirvu des esprits tendus par une recherche de ce genre, surtoutsi une passion quelconque les dispose à croire ce qu’ils soup-çonnent, pour comprendre à quel point les inductions sontpromptes, et pour bénir cent fois les lenteurs de la justice,qui sauvent les hommes de ces fatales conclusions, tirées sivite de quelques coïncidences fortuites.

Le Premier Consul, en lisant le rapport du sous-officierenvoyé à Ettenheim, que venait de lui remettre le généralMoncey, commandant de la gendarmerie, fut saisi d’une ex-trême agitation. Il reçut fort mal M. Réal qui survint dans lemoment, lui reprocha de lui avoir laissé ignorer si long-tempsdes détails d’une telle importance, et il crut de très-bonne foitenir la seconde et la plus redoutable partie du complot. Cettefois la mer ne l’arrêtait plus; le Rhin, le duc de Baden, lecorps germanique n’étaient pas des obstacles pour lui. 11 con-voqua sur-le-champ un conseil extraordinaire, composé destrois Consuls, des ministres, et de M. Fouché, redevenu mi-nistre de fait, quoiqu’il n’en eût plus le titre. 11 appela enmême temps aux Tuileries les généraux Ordener et Caulain-court. Mais, en attendant ces messieurs, il avait pris des cartesdu Rhin, pour ordonner un plan d’enlèvement, et, ne trou-