140
LIVRE XXVIII.
Sept. 1807.
Influencede rimp&a-
trice-mfcTc àSaint-Prfters-bourgs.
donc avec une extrême réserve aux insinuations de l’empe-reur, avec une vive gratitude à ses aimables prévenances,se montrait content, point troublé du désagréable accueil de lasociété russe, et plein de confiance dans un prompt change-ment de dispositions. Il avait d’ailleurs, pour se défendre,suffisamment d’esprit, beaucoup d’aplomb, et l’immensité dela gloire nationale, qui permettait aux Français de marcherpartout la tête haute.
L’exemple de l’empereur Alexandre, sa volonté fortementexprimée, avaient ouvert au général Savarv quelques-unesdes plus importantes maisons de Saint-Pétersbourg, mais laplupart des grandes familles continuaient à l’exclure ; carAlexandre, maître du pouvoir, ne l’était cependant pas de lahaute société, placée sous une autre influence que la sienne.Ayant dû à une catastrophe tragique la possession anticipéedu sceptre des czars, ce prince cherchait à dédommager samère, descendue avant le temps au rôle de douairière, en luilaissant tout l’extérieur du pouvoir suprême. Cette princesse ,vertueuse mais hautaine, se consolait d’avoir perdu avec Paulla moitié de l’empire, par tout le faste de la représentation im-périale dont son fils voulait qu’elle fût entourée. Quant à lui,il n’avait point de cour. N’aimant point l’impératrice son épouse,beauté froide et grave, il se hâtait après ses repas de sortirde son palais, pour se livrer ou aux affaires avec les hommesd’État ses confidents, ou â ses plaisirs auprès d’une damerusse dont il était épris. La cour se réunissait chez sa mère.C’est là que se faisaient voir les courtisans aimant à vivre dansla société du souverain, ayant des faveurs à obtenir, ou desremercîments à adresser pour des faveurs obtenues. Tous ve-naient ou solliciter, ou rendre grâce auprès de l’impératrice-mère, comme si elle eût été l’auteur unique des actes du pou-voir impérial. Alexandre lui-même s’y montrait avec l’assi-duité d’un fils respectueux, soumis, qui n’aurait pas encorehérité du sceptre paternel. L’impératrice-mère chérissait ten-