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LIVRE XXVIII.
Octob. 1807. soldats, employés du Rhin à la Yistule, cent mille y auraientsuffi, et n’auraient pu recevoir un meilleur emploi. Mais ajou-ter à tant d’entreprises au nord une entreprise nouvelle aumidi, la tenter avec des troupes à peine organisées, était biengrave et bien hasardeux! Napoléon ne le croyait pas. 11 ne sa-vait pas une difficulté qu’il n’eût vaincue du Rhin au Niemen,de l’Océan à l’Adriatique, des Alpes juliennes au détroit deMessine, du détroit de Messine aux bords du Jourdain. 11 mé-prisait profondément les troupes méridionales, leurs officiers,leurs chefs, ne faisait pas beaucoup plus de cas des troupesanglaises, et ne considérait pas les Espagnes comme plus dif-ficiles à soumettre que les Calabres. Elles étaient plus vastes,à la vérité ; ce qui signifiait que si trente mille hommes avaientsuffi dans les Calabres, quatre-vingt ou cent suffiraient en Es-pagne, surtout quand on apporterait à la brave nation es-pagnole, au lieu de la dissolution honteuse où elle était plon-gée, une régénération qu’elle appelait de tous ses vœux! Cen’était donc pas la difficulté matérielle qui faisait hésiter Na-poléon, c’était la difficulté morale, c’était l’impossibilité detrouver aux yeux du monde un prétexte plausible pour traiterCharles IV et sa femme comme il avait traité Caroline de Na-ples et son époux. Or, une dynastie qui au retour de Tilsit luienvoyait trois ambassadeurs pour lui rendre hommage; qui,tout en le trahissant secrètement quand elle pouvait, lui don-nait ses armées, ses flottes dès qu’il les demandait, une telledynastie ne fournissait pour la détrôner aucun motif que lesentiment public de l’Europe pût accepter comme spécieux.Si puissant, si glorieux que fût Napoléon; qu’aux victoires deMontenotte, de Castiglione, de Rivoli, il eût ajouté celles desPyramides, de Marengo, d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna, de Fried-land; qu’au Concordat, au Code civil, il eût ajouté cent mesu-res d’humanité et de civilisation, il n’était pas possible, sansrévolter le monde, de venir dire un jour : Charles IV est unprince imbécile, trompé par sa femme, dominé par un favori