FONTAINEBLEAU.
195
raient plus eux-mêmes; quand il songeait à toutes les bas- im -sesses, à toutes les indignités, à toutes les perfidies de la courde Madrid, non pas du malheureux Charles IV, mais de sacriminelle épouse et de son ignoble favori ; quand il songeaità l’état de cette puissance, si grande encore sous CharlesIII,ayant alors des finances et une marine imposante, n’ayantplus aujourd’hui ni un écu, ni une flotte, et laissant inertesdes ressources qui dans d’autres mains auraient déjà servi,par leur réunion avec celles de France, à réduire l’Angleterre,il était saisi d’indignation pour le présent, de crainte pourl’avenir; il se disait qu’il fallait en finir, et profiter de la sou-mission du continent à ses vues, du concours dévoué que laRussie offrait à sa politique, de la prolongation inévitable dela guerre à laquelle l’Angleterre condamnait l’Europe, et del’odieux que venait d’exciter contre elle sa conduite envers leDanemark, pour achever de renouveler la face de l’Occident,pour y substituer partout les Bonaparte aux Bourbons ; pourrégénérer une noble et généreuse nation, endormie dans l’oi-siveté et l’ignorance ; pour lui rendre sa puissance, et procurerà la France une alliée fidèle, utile, au lieu d’une alliée infi-dèle, inutile, désespérante. Napoléon se disait, enfin, que lagrandeur du résultat l’absoudrait de la violence ou de la rusequ’il faudrait peut-être employer pour renverser une courtoujours prête à le trahir lorsque dans ses courses incessantesil s’éloignait de l’Occident, prompte à se prosterner quand ily revenait, donnant enfin cent raisons réelles, mais aucuueraison ostensible de la détruire.
Ces pensées auraient été vraies, justes, réalisables même,si déjà il n’avait entrepris au nord plus d’œuvres qu’il n’étaitpossible d’en accomplir en plusieurs règnes, si déjà il ne s’é-tait chargé de constituer l’Italie, l’Allemagne, la Pologne! Detoutes ces œuvres, non pas la plus facile, mais la plus ur-gente, la plus utile après la constitution de l’Italie, c’eût étéla régénération de l’Espagne. Sur les quatre cent mille vieux
13 *